Jusqu’au 30 janvier 2011, théâtre des Quartiers d’Ivry

Dans l’imaginaire collectif, Roméo et Juliette a depuis lontemps acquis une des places principales au Panthéon des grandes histoires d’amour, au même titre que Tristan et Yseult ou Lancelot et Guenièvre. Si l’on a tous en tête l’issue dramatique de cette courte et passionnée romance, son statut de classique peut en faire oublier la dimension adolescente. Juliette n’a même pas 14 ans et Roméo est à peine plus âgé : ces deux -là sont tout autant amoureux de l’amour qu’épris l’un de l’autre. Si leur histoire est marquée par leurs sentiments fiévreux, elle l’est aussi par la naïve immaturité de leurs réactions. La direction de Magali Léris restitue avec succés cette dimension essentielle du chef d’oeuvre shakespearien : Roméo et Juliette ne sont pas des amants parfaits mais deux teenagers touchants, flirtant parfois avec le ridicule.

Un décor composé de deux structures métalliques ressemblant à des échaffaudages permet de diviser l’espace scénique entre les clans Capulet et Montaigu. Les deux familles se haïssent depuis des générations, et leurs jeunes héritiers perpétuent la tradition, s’insultant et provoquant des rixtes dans les rues de Véronne. Le ton est provocateur et léger dans les premières scènes,  les insultes volant le plus souvent juste au-dessous de la ceinture, ce qui n’a rien de bien surprenant dans la bouche d’ados cherchant la bagarre. La relation entre les garçons du clan Montaigu est particulièrement jubilatoire : les trois comédiens recrééent parfaitement les amitiés inséparables de cet âge, avec leurs ambiguités et leurs fanfaronnades.

En particulier, Grégoire Baujat compose un Mercutio mémorable, joueur, provocateur, sans dénuer son personnage de profondeur – une profondeur qui ressort lors de la scène de son assassinat qu’il interprète de façon bluffante. Dans les autres rôles secondaires, on relèvera aussi l’interprétation de la nourrice par Aude Thirion, grande gueule drôle et touchante, et celle du père Capulet par Eddie Chignara : durant la scène où il se met en colère contre Juliette se refusant à épouser le mari qu’il lui a choisi, il est formidable de justesse et de complexité. Derrière la colère perce tout l’amour et les contradictions qui le tiennent.

Comme la première fois

Un des moments de bravoure de Roméo et Juliette est, bien sûr, la fameuse scène du balcon durant laquelle les deux tourtereaux vont se révéler leurs sentiments. Loin des clichés, Marc Lamigeon et Cassandre Vittu de Kerraoul revisitent ses tirades très connues et arrivent à leur rendre la fraîcheur des mots dits pour la première fois. Ils expriment à merveille les émois de ces deux enfants, gauches et nerveux tout autant qu’ivres de joie devant cet amour qui s’ouvre à eux.

Dans sa mise en scène, Magali Léris orchestre sans heurt la transition entre la légèreté du début et le drame qui devient de plus en plus pressant ; la comédie de départ, bien assumée, mettant encore plus en relief le gâchis final. Même si tout n’est pas parfait dans cette version (notamment le personnage du frère Laurent, un peu en dessous du reste de la distribution), Léris offre ici une vision cohérente, vivante, avec la juste touche de délire et d’excés des histoires adolescentes. Une belle occasion de (re)découvrir Roméo et Juliette.

Roméo et Juliette de William Shakespeare, mise en scène de Magali Léris, théâtre des Quartiers d’Ivry.
Avec : Marc Lamigeon (Roméo), Cassandre Vittu de Kerraoul (Juliette), Grégoire Baujat (Mercutio), Eddie Chignara (le père Capulet), Clovis Fouin (Tybalt), Fanny Paliard (la mère Capulet), Christophe Reymond (frère Laurent), Aude Thirion (la nourrice).
Crédit photographique : Fabienne Rappeneau.

Une réflexion sur “Roméo et Juliette de William Shakespeare – La ferveur adolescente

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