Jusqu’au 26 janvier 2011, Théâtre de l’ouest parisien puis en Normandie

Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro et La Mère coupable : cette trilogie tournant autour de la famille Almaviva et de leur serviteur Figaro est certainement l’œuvre la plus connue de Beaumarchais. Jouer les trois pièces ensemble, c’est la gageure que s’est fixée la compagnie Eulalie sous la houlette de Sophie Lecarpentier. Si l’introduction et le final sont un peu maladroits, le spectacle regorge de tout ce qui faisait le charme irrésistible du Jour de l’italienne et de L’Épreuve : une mise en scène intelligente et fine, servie par des interprètes excellents.

Trois folles journées commence dans la semi-obscurité : au propre comme au figuré, on ne discerne pas bien ce qui se passe entre cet homme et cette femme qui se disputent au sujet de leur fils. Après-coup, on saisit qu’il s’agissait du comte Almaviva et son épouse Rosine, aigris par les années et les tromperies, mais déjà nous voyageons dans le temps et découvrons l’époque plus lumineuse de leurs premières amours. Entre en scène Figaro, l’humeur enlevée et joueuse, et le spectacle décolle.

Quel enchantement cela devient alors de suivre les rebondissements classiques mais imparables du texte brillamment écrit par Beaumarchais. Servie par des comédiens inspirés et tous impeccables de justesse, chaque scène se transforme en moment de plaisir : les tours de passe-passe pour cacher les mots doux, la chanson de « séduction » du jaloux Dr Bartholo, les délicieuses trouvailles de mise en scène telles que cette tête de cerf trop haut placée pour que le médecin puisse y accrocher son manteau… Les détails sont soignés et la mécanique comique se déroule et s’emballe comme il se doit.

Figaro, Figaro, Figaro !

Alors que la pièce avance, les émotions se font plus touchantes, parfois de manière surprenante, comme dans ce passage où le personnage jusqu’ici comique de Chérubin plie genou et chante son amour à Rosine – s’installe alors une intensité, une vérité du désir qui nous fait frémir avec la comtesse. Le travail de troupe est ici évident, ce qui fait partie de la réussite des Trois folles journées. On citera néanmoins les performances de Stéphane Brel, aussi crédible en jeune premier dévoué qu’en mari frivole ; Alix Poisson à la présence scénique vibrante d’énergie et, à tout seigneur tout honneur, Frédéric Cherboeuf dans le rôle de Figaro. Magistral de bout en bout, sa prestation est tout à la fois brillante et subtile. Il est le jeune valet beau parleur et moqueur, il est l’homme amoureux, il est celui qui flirte presque avec la psychanalyse (bien avant l’heure !) tant il se pose de questions, bref, il est Figaro dans toutes ses facettes et à tous les âges… du grand art.

Comme souvent quand une mise en scène est réussie, elle s’efface pour être au service de l’histoire. Sophie Lecarpentier excelle à tout intégrer dans le jeu : les forces comme les faiblesses de ses interprètes, les changements de décor, etc., laissant deviner un travail minutieux et mûrement réfléchi. Si sur plus de trois heures de spectacle, une grande partie est un pur bonheur de théâtre, il y a un bémol : l’ouverture et la fin, adaptées de La Mère coupable, semblent plaquées et décalées. La mise en scène, assurée et irréprochable pour le reste, perd alors l’équilibre et même les comédiens ne paraissent plus être justes. Dommage de finir sur cette note, mais ce n’est pas ce que l’on retiendra de ces Trois folles journées. Non, on en retiendra le bonheur des acteurs qui se mue en bonheur du spectateur.

Trois folles journées d’après Beaumarchais, mise en scène de Sophie Lecarpentier, Théâtre de l’ouest parisien.
Avec : Valérie Blanchon (Rosine), Stéphane Brel (le comte Almaviva), Frédéric Cherboeuf/David Migeot (Figaro), Florent Guyot (Bartholo), Guillaume Marquet (Chérubin), Solveig Maupu (Marceline), Alix Poisson (Suzanne) et Julien Saada (Bazile).
Crédit photographique : Marthe Lemelle/TOP.

Tournée :
– Le 28 janvier 2011 à l’Espace Philippe-Auguste de Vernon (27)
– Du 01 au 05 février 2011 au Théâtre des Deux Rives de Rouen (76)

Une réflexion sur “Trois folles journées d’après Beaumarchais – Figaro ? Si !

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