Album paru le 20 octobre 2010

Guy Camier a perdu sa femme Marie-Belle. Alors que celle-ci revenait rendre visite à ses parents à Madagascar, elle a disparu. Camier, la soixantaine dégarnie et bedonnante, l’air de n’être jamais sorti de son bureau, débarque donc sur l’île africaine à la recherche de l’amour de sa vie.

« Vazahabe », c’est le Blanc, l’étranger. Celui qui a l’argent et celui qui colonise. Un terme plus ou moins respectueux selon la personne qui l’emploie et celle qui le reçoit. Pour Camier, qui débarque à Madagascar pétri de certitudes, la découverte du pays va être une véritable aventure initiatique. Non pas parce que Camier est un vieux raciste aigri, mais bien au contraire parce qu’il est un partisan de la décolonisation, plein de valeurs progressistes et convaincu de l’égalité des peuples. Mais des grandes idées à la réalité, il y a parfois tout un univers. Qui en l’occurrence passe par la prostitution volontaire, la misère et les néo-colons occidentaux. Et Camier de découvrir la différence entre être égaux et être identiques.

Denis Vierge a de toute évidence beaucoup voyagé à Madagascar entre 2002 et 2006. Cette œuvre est une transmission de son expérience et de son ressenti vis-à-vis d’un pays vivant, quoiqu’exsangue. Parvenant à éviter l’écueil du didactisme grâce à une certaine verve, la bande dessinée prend un parti de scénario assez prenant qui fait oublier le côté « visite guidée » au profit d’une « chasse au trésor » nettement plus entraînante. Retrouver Marie-Belle ne sera pas une sinécure, et Camier aura beaucoup de chemin à faire physiquement et mentalement avant de « mériter » sa femme. Le duo relativement conventionnel qu’il forme avec son guide et baroudeur attitré, Slav Ciemerski, fin connaisseur du pays et ancien légionnaire, fonctionne bien et permet de mettre en relief les différentes incohérences d’un pays en souffrance. Ce personnage haut en couleur vole d’ailleurs quelque peu la vedette au héros.

Toutefois l’intrigue ne constitue pas le principal intérêt de l’œuvre, ouvertement axée vers la découverte de la situation du peuple malgache, sa misère, les dissensions entre peuplades, la prostitution de ses jeunes, l’influence toujours forte de l’Occident à travers les ONG et les investisseurs, que l’idée de venir faire fortune dans un pays pauvre ne rebute pas… Vierge dresse un portrait sans concessions, mais édifiant de la société malgache. Si la qualité et la maîtrise du dessin ne sont pas les qualités les plus éminentes de sa BD, le résultat sur le plan documentaire est captivant.

Vazahabe, texte et dessins de Denis Vierge, couleurs d’Ypyb, éditions Paquet.

Une réflexion sur “Vazahabe : virée malgache

  1. Pourquoi penser tout de suite à l’argent, quand on parle des « Vazaha »?
    Ce terme prend son origine de deux mots malgaches « voa » et « zaha », le dernier vient du verbe « mizaha » qui signifie regarder, et « voa » signifie ici « fait », alors « Vazaha » veut dire « bien vu ». Pourquoi, parce que les ancêtres malgaches s’étonnaient de la couleur de la peau des blancs quand ils débarquèrent dans l’île. « Vazahabe » signifie le grand (taille physique, ou âge) »vazaha ». Employé dans le côte Est de Madagascar, le terme « vazahanaha » signifie « mon patron », donc ils associent à ce mot une connotation pécuniaire. Mais ce terme (« vazahanaha ») n’est pas utilisé dans le Nord-ouest de Mada.
    Pour moi personnellement, un « Vazaha » n’est pas forcement riche, intelligent, respectueux … seule la couleur de sa peau qui le fait « vazaha », sinon je suis « vazaha », moi aussi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *