Jusqu’au 20 février 2011, Studio-Théâtre de la Comédie-Française

Cinq ans après Du côté de chez Proust, Jacques Sereys revient sur scène avec un nouveau montage d’extraits du chef d’œuvre de Marcel Proust. Comme son titre l’indique, À la recherche du temps Charlus se centre plus particulièrement sur le personnage du baron de Charlus, que le narrateur est amené à rencontrer à différentes époques de sa vie. Peu à peu, se dessine le portrait d’un homme excentrique, voire un peu fou, qui survit comme il peut dans une société où l’homosexualité demeure un grand tabou et dans laquelle il lui est impossible de pleinement s’épanouir.

C’est avec gourmandise que le comédien Jacques Sereys se fraie un chemin malicieux au cœur des phrases ciselées par un orfèvre de la langue française. Il fait entendre le texte avec clarté et, surtout, avec un plaisir contagieux.  Les mots de Proust nous sont offerts comme autant de friandises et nous invitent à nous (re)plonger dans son univers. L’acteur convoque pour nous Gilberte, les Guermantes, Françoise et autre Mme Verdurin, cette magnifique galerie de caractères. Si Sereys les évoque tous avec bonheur, l’exercice reste néanmoins du domaine de la lecture théâtralisée plutôt que du théâtre pur.

Un inverti, comme ils disent

La sélection d’extraits permet de traverser l’œuvre proustienne de bout en bout, avec, forcément, des choix tranchés : par exemple, il n’y est fait aucune mention d’Albertine, personnage central de deux volumes de La Recherche. Ce n’est pas un problème en soi, ce montage étant fait pour suivre Charlus, le révéler par petites touches, au fur et à mesure que les rencontres s’accumulent et permettent d’accéder à une vision plus complète (et complexe) du baron. C’est ainsi en comprenant qu’il est homosexuel que, rétroactivement, le narrateur va s’expliquer des comportements qui lui paraissaient jusque-là sans queue ni tête. Il est par contre dommage que la relation de Charlus et Morel n’ait pas fait l’objet d’au moins une scène supplémentaire : telle qu’elle est présentée, pour qui n’a pas lu À la recherche du temps perdu, le doute peut subsister sur la nature réelle ou fantasmée de leurs amours.

La mise en scène de Jean-luc Tardieu se fait parfois inutilement appuyée, tel cet effet sonore qui revient systématiquement à chaque arrivée de Charlus. De même le rideau de chaînettes dorées derrière le comédien paraît plus incongru qu’autre chose : le texte est assez fort pour ne pas avoir besoin d’être encadré par ces éléments.

Quoi qu’il en soit, Jacques Sereys a de nouveau gagné son pari de faire partager son amour du texte proustien et rend ici un bel hommage à l’un de ses plus flamboyants personnages. La force d’À la recherche du temps Charlus est qu’il peut aussi bien servir d’introduction au monument littéraire proustien à ceux qui n’ont pas encore osé s’y plonger, que d’agréable madeleine à ceux qui l’ont déjà lu.

À la recherche du temps Charlus d’après Marcel Proust, mise en scène de Jean-Luc Tardieu, Studio-Théâtre de la Comédie-Française.
Avec : Jacques Sereys.
Crédit photographique : Cosimo Mirco Magliocca

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *