Jusqu’au 23 avril 2011, Aktéon théâtre

Chef d’œuvre du théâtre de l’absurde, La Cantatrice chauve est ici revisitée par la compagnie Infraktus à la sauce Cluedo. Sur un plateau nu, les seuls éléments de décor sont les possibles armes du crime du célèbre jeu : corde, chandelier, couteau, etc. C’est donc dans une ambiance de pastiche de polar que nous est comptée la soirée sans queue ni tête des époux Smith recevant les Martin.

Ce parti pris fonctionne particulièrement bien dans la première scène durant laquelle Mme Smith raconte par le menu le repas qu’elle a fait avec son époux. Dans cette version, au lieu de lire le journal, M. Smith se rapproche lentement d’elle en la menaçant d’un revolver : le babillage creux se transforme alors en aveu terrorisé. Le ton est posé et tout au long de cette Cantatrice chauve va flotter dans l’air un parfum de soupçon et de menace latente entre les protagonistes. Si certains passages, tel le début, en tirent une saveur inédite, d’autres en ressortent quelque peu alourdis.

Pastiche vs humour

Malgré des choix amusants, comme la servante Mary suivant le déroulement de la pièce la pipe au bec, tel un détective sorti d’un roman classique (et faisant écho à l’une des répliques du personnage qui, au milieu de la pièce, déclare à brûle-pourpoint aux spectateurs « Mon vrai nom est Sherlock Holmes. »), l’humour du texte se retrouve souvent gommé par cette ambiance de faux polar. La critique de la bourgeoisie et de sa superficialité en ressort aussi affaiblie1.

Les comédiens formant les couples Smith et Martin proposent un jeu habité et tendu, offrant parfois de jolies étincelles. Il n’empêche que la mise en scène souffre de problèmes de rythme, ce qui nuit là aussi au texte, empêchant de savourer pleinement le délire bien maîtrisé de la pièce de Ionesco.

Le metteur en scène Françoua Garrigues et sa compagnie ont réussi a créé un univers qu’ils tiennent de bout en bout. Si leurs choix sont respectables, car bien assumés, ils ne rendent pas complètement justice à La Cantatrice chauve et ses ressorts plus complexes qu’ils n’en ont l’air.

La Cantatrice chauve d’Eugène Ionesco, mise en scène de Françoua Garrigues, Aktéon théâtre.
Avec : Julie Boris (Mme Martin), Paul Bouffartigue (Mary), Hélène Chrysochoos (le capitaine des pompiers), Aurore Monicard (Mme Smith), Christophe Poulain (M.Smith), Guillaume Riant (M. Martin).

  1. La version de Jean-Luc Lagarce reste un must en la matière. []

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