Parution le 03 mars 2011

Recueil de onze nouvelles publiées aux États-Unis en 1989, Nebraska offre à lire un univers étrange et déroutant. Les histoires de Ron Hansen, influencées par le XIXe siècle américain et l’attachement de l’auteur à son Nebraska natal, mêlent violence et incongruité, réalisme et fantastique, pour un résultat pas toujours convaincant, mais sans aucun doute efficace.


Un blizzard mortel frappe la campagne et fige hommes et bêtes dans la glace, un meurtre se reproduit en survivant aux décennies, une femme aux pouvoirs parapsychologiques est troublée par les fantômes d’un ancien drame, une créature diabolique attaque et charcute une vache. Un tueur et sa passion dévorante pour sa chienne, un auteur de science-fiction un peu paumé, un ex-alcoolique obsédé par le golf…

La première impression, positive, que le lecteur rencontre à la lecture de Nebraska est celle d’être face à une anthologie de la nouvelle américaine, avec ses hauts et ses bas. Peu ou prou, on y retrouve les grands modèles, tel John Fante dans Oh, Susannah ou Ernest Hemingway dans Les Tueurs – le titre et la trame de ce texte sont d’ailleurs empruntés à une nouvelle de l’auteur de Paris est une fête. Mais le phénomène est encore plus flagrant avec Malice, nouvelle qui ouvre le recueil et où la nature hostile, dans sa puissance instantanée, monstrueuse et mortelle, fait basculer dans le fantastique : « Tout dans ce blizzard suggérait une personnalité et des intentions malveillantes. » On pense à Une descente dans le maelström d’Allan Edgar Poe.

Les États-Unis plus forts que les forces du Mal

Mais il y a un revers à la médaille. À force d’user la corde du genre, certaines histoires n’attirent qu’un intérêt poli. C’est notamment le cas pour Le Croque-mitaine ou L’amour, le vrai : malgré une vie honnête et pieuse, « Satan trouve toujours une astuce. Il se débrouille à chaque fois pour te faire trébucher. » Ici, c’est une créature verdâtre démoniaque qui s’en prend à une vache. Le Mal s’abat encore. Pourquoi pas. Sauf que la créature n’est pas là par hasard et que le sous-texte métaphorique qui apparaît alors est un peu léger.

Quand le fantastique et le loufoque sont abandonnés – ou sont moins importants –, le livre respire mieux, et ce, même dans le micro monde de Playland par exemple. De même, dans Sa chienne, le troublant couple de tueurs que forment un homme et son animal, réécriture canine de Bonnie and Clyde, fonctionne auprès du lecteur grâce à ce qu’on pourrait appeler le réalisme de son incongruité. Les sentiments envers les animaux, à l’instar de ceux ressentis pour les armes, est typique d’une littérature américaine disons « terrienne », souvent percutante.

De façon générale, Nebraska est bien meilleur lorsqu’il est question des hommes et des femmes qui peuplent cet état, lorsque apparaissent en arrière-plan leur mode de vie et les particularités de cette terre. Comme dans la nouvelle éponyme, abrupte hommage à ce cœur des États-Unis (à demi) apprivoisé par des colons venus créer, à coups de bêches, « un bonheur rude » dans des villes « où tout le monde est célèbre. Et où tout le monde est nécessaire. » Finalement, ce qui plaît surtout dans Nebraska, c’est l’image amoureuse, fantasmée et mystérieuse du Nebraska.

Nebraska de Ron Hansen
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Vincent Hugon
Édition Buchet-Chastel
231 pages
Crédit photographique : Damia Lion, éditions Buchet-Chastel

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