Album paru le 9 mars 2011

La petite Polina Oulinov entre à l’académie de danse de Nikita Bojinski, un des maîtres les plus réputés et les plus durs du ballet russe. De sa formation, parsemée de départs et de quelques errances qui la mèneront jusqu’à Berlin, elle retiendra toujours la marque de son mentor : travail et exigence.


Le critique du Point l’a si bien dit que l’éditeur KSTR l’a apposé sur la couverture du livre : « Bastien Vivès n’a pas seulement un talent fou : il a la grâce ». Le jeune auteur, révélé avec Elle(s) et Le Goût du chlore (prix Essentiel Révélation à Angoulême 2009), reste fidèle à la branche « rock » de Casterman avec une œuvre une fois de plus stupéfiante de maîtrise, entièrement dessinée à la tablette graphique, dans le même style que son blog1. Poursuivant sur sa thématique adolescente mais s’éloignant cette fois des bluettes, il suit le parcours initiatique de celle qui deviendra non seulement une grande artiste, mais parviendra à se réinventer pour créer quelque chose de nouveau. À travers le prisme de la danse (choix audacieux en bande dessinée), Vivès nous raconte tout simplement comment naissent les grands créateurs, quelle que soit la discipline : du travail, du talent, du travail, des rencontres, du travail, des opportunités, du travail. Ou, comme disait Thomas Edison dans un tout autre domaine, « Le génie c’est 1 % d’inspiration et 99 % de transpiration ».

La figure du maître

Cette chronique vient se concentrer autour de deux personnages forts : l’héroïne, bien sûr, digne, non pas froide mais concentrée. Si Polina n’est pas un personnage éminemment sympathique, c’est qu’on la sent en recherche permanente. Ses professeurs ne cessent de lui répéter qu’elle doit dépasser ce qu’on lui a appris pour trouver son propre vocabulaire, et elle a du mal à transcender son acquis. Il faut dire que le second personnage principal sait de toute évidence laisser son empreinte sur les esprits. Le gigantesque, l’écrasant Bojinski, maître de danse redouté et révéré par Polina, incarne une figure à la fois paternelle et terrible. Icône immuable (il semble ne pas vieillir et demeure impénétrable jusqu’à ce que Polina, enfin libérée des influences, finisse par le voir réellement tel qu’il est), il exercera sur la jeune femme une influence mémorable, lui insufflant sa passion du travail et de la perfection.

Leur relation, mise en valeur par la couverture somptueuse2, est certainement une des réussites de l’album. Mais plus que tout, c’est le parcours initiatique de l’héroïne, synthétisant de manière admirable la démarche artistique dans ce qu’elle a de plus classique et de plus épanouissante, qu’il faut retenir de cette œuvre. Et la nouvelle confirmation du talent et de la maturité d’un auteur qui n’en finit plus de nous étourdir.

Polina, textes et dessins de Bastien Vivès, éditions KSTR.

1 Comme quoi, le blog de Bastien Vivès, mérite une visite régulière. Ses strips tout en hauteur dénotent chez cet auteur que l’on pourrait croire un ténébreux romantique un sens de l’humour noir, voire très noir, assez cruel et terriblement drôle. À voir aussi ses participations régulières aux 24 heures de la BD.

2 Lors du dernier festival d’Angoulême, un panneau représentant cette couverture en « taille réelle » et annonçant la sortie prochaine du volume a fait baver plus d’un dessinateur. Un dessin qui dit déjà tellement de choses sur la relation entre les deux personnages qu’il est une œuvre d’art à lui seul.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *