Tome 1 paru le 6 mai 2011

Morue n’a pas de chance : un prénom difficile et un physique non moins. Morue est moche, elle est pauvre, elle survit avec sa mère dans un petit village du Moyen Âge et a tant passé de temps à écailler les poissons qu’elle sent la marée en permanence. Mais un jour qu’elle croise le chemin d’une bonne fée, elle devient la plus belle femme du monde aux yeux de tous ceux qui la regardent. Et que croyez-vous qu’il arriva ?

Après Miss Pas Touche, le trio gagnant Hubert/Kerascoët1 est de retour. Délaissant les maisons closes parisiennes, ils nous entraînent cette fois dans l’univers des contes de fées, tout de cruauté et de cynisme. Hubert, scénariste pas particulièrement tendre avec ses personnages, fait passer sa jeune héroïne de Charybde en Scylla. De laideron officiel et souffre-douleur du village, la voilà devenue objet de tous les désirs, y compris les moins avouables. N’était le passage d’un jeune seigneur, il y a fort à parier que la jeune Morue n’eût pas passé sa première nuit post-enchantement.

Une humanité cruelle

Seulement voilà, le succès abîme. Devenue Beauté, notre jeune fille en veut plus et commence à trop en demander, oubliant une leçon importante : l’adulée vit aux dépens de ses admirateurs. Ce n’est là que la première des nombreuses leçons qu’elle va devoir apprendre : la suite du récit la plonge au milieu d’une conspiration royale dans laquelle elle est manifestement destinée à jouer le rôle de la ravissante (sublime) idiote. Manipulée par une nouvelle « amie », Beauté est sur le point de déclencher une guerre sans s’en rendre compte.

Aux crayons, Kerascoët fait merveille. Après le sublime mais très froid Jolies ténèbres, les illustrateurs ont choisi cette fois des teintes très chaudes, en lien avec les pulsions générées par Beauté. Le trait permet quant à lui de représenter Morue indifféremment belle ou laide, au gré des cases, sans que l’œil n’en soit troublé outre mesure. Et le design de l’élément fantastique incarné par la « bonne » fée Mab (si vous connaissez un peu le folklore anglo-saxon, vous sentez déjà qu’il y a un os) est plutôt bien pensé, la créature portant une sorte de peau de crapaud.

Violent, cruel, ce conte l’est assurément. Nous découvrons une humanité guidée par ses pulsions primaires pour les plus incultes (les paysans du village de Morue), par des valeurs obsolètes et dangereuses pour les plus idéalistes (le jeune noble qui finit par abandonner sa famille par amour pour Beauté) et par calcul pour les plus riches (la sœur du roi qui fait capoter le mariage de son frère pour assurer la paix du royaume). Pas de grand espoir chez ses personnages, si ce n’est chez le jeune balourd amoureux de la Morue des origines. Avec Hubert, qui peut savoir si l’histoire finira bien ?

Beauté, tome 1, Désirs exaucés scénario de Hubert, dessin de Kerascoët, éditions Dupuis.

1 Oui, faut-il le rappeler, Kerascoët est le nom d’un duo d’illustrateurs, à qui l’on doit également la reprise du Donjon Crépuscule de Trondheim et Sfar (éd. Delcourt) et le somptueux Jolies ténèbres de Fabien Vehlmann (éd. Dupuis).

Une réflexion sur “Beauté : parce qu’elle le vaut bien

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