Jusqu’au 18 juin 2011, le Lucernaire

Inspirée du livre homonyme d’Hervé Le Tellier, la pièce Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable repose sur un principe simple : comment répondre à cette question d’apparence faussement simple sur laquelle viennent butter tous les couples, « À quoi tu penses ? » Soumis à l’interrogation récurrente de sa compagne, un homme nous en propose ici pas moins de cent cinquante variations. De réponses frivoles en pensées profondes, de provocations en fragilités, par petites touches se re-compose le portrait d’un amoureux qui perd ses cheveux et se débat avec l’âge, la vie et les femmes.

Avec ce texte qui n’a pas été écrit pour le théâtre, Frédéric Cherboeuf que l’on connaît surtout pour son travail de comédien (il est en ce moment à l’affiche de deux pièces, Le Moche et Le Chien, la nuit et le couteau, au théâtre du Rond-Point) relève un joli défi de mise en scène. Comment faire sonner juste et éviter la monotonie dans ce dialogue de couple durant lequel la femme va avoir pour unique réplique : « À quoi tu penses ? » ? Il s’en sort avec brio grâce à une direction d’acteurs juste et une mise en scène ludique.

Mille vies à quatre mots

Dans le rôle de l’homme, Étienne Coquereau alterne avec gourmandise un bon timing comique et des moments plus touchants, voire plus tendres. Il nous livre ses aphorismes avec conviction, cabotine juste ce qu’il faut, en laissant affleurer les doutes et les blessures.  Face à lui, plus étonnante encore du fait de sa seule réplique qui revient comme un mantra obsessionnel, Isabelle Cagnat réalise un très beau travail de composition. Elle arrive à donner mille vies à ces quatre petits mots, et alors que son rôle pourrait être celui d’un simple faire-valoir, elle parvient à le rendre largement aussi fort que celui de son partenaire.

Pour donner corps à cette joute verbale, Cherboeuf a placé ses comédiens dans une salle de bain, la pièce où se révèle notre intimité par excellence. En se baignant ensemble, en se brossant les dents, en jouant, en se vexant puis se réconciliant, les acteurs font apparaître la relation unique du couple, dans la proximité des corps qui n’ont plus de secret l’un pour l’autre.

L’ensemble est ludique – à l’image de l’entrée en scène d’Isabelle Cagnat (dont on ne gâchera pas l’effet de surprise) – et bien orchestré. On peut néanmoins questionner le fond : derrière les interrogations assez égocentrées de ce mâle quarantenaire se dégage une image de la femme un peu sexiste, vue à travers un désir masculin très classique.

Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable d’Hervé Le Tellier, mise en scène de Frédéric Cherboeuf, théâtre Lucernaire.
Avec : Isabelle Cagnat et Étienne Coquereau.
Crédit photographique : Maëlle Grange.

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