Tome 2 paru le 6 mai 2011

Quand Hippolyte gagne au loto, il décide de partager ses gains avec Mathilde, l’inconnue qui lui a suggéré trois des numéros de la grille. La jeune étudiante en droit décide du coup de quitter l’université, au grand désarroi de ses amis Camille et Emmanuel. Ce dernier, amoureux de Mathilde, découvre que ses nouveaux voisins pratiquent l’échangisme. Parallèlement, le frère de Mathilde s’inquiète car son compagnon n’ose pas avouer à leur père qu’il est adhérent de l’UMP. Pendant ce temps, Hippolyte et son amie Faustine profitent de la providentielle entrée d’argent pour quitter leur vie de luxe. Ça vous paraît compliqué et décousu ? En fait, non.

Attention, c’est du lourd. L’idée lancée par Thomas Cadène lors de la conférence de presse du PPPIFBDM (« Plus petit et plus informel festival de bande dessinée du monde », qui n’aura finalement jamais lieu) était simple, presque trop pour y croire : élaborer un feuilleton en bande dessinée, ce qui permettrait d’explorer la vie de nombreux personnages en même temps, de vrais gens avec de vrais problèmes, de vrais joies, de vraies amours… Un épisode de six-sept pages par jour, disponible en ligne sur abonnement (2,50 euros par mois). Quel dessinateur parviendrait à tenir le rythme ? La réponse est d’une élégance rare : en alternant les artistes, on varie les styles et on en profite pour mettre en avant de jeunes créateurs peu connus aux côtés de noms plus notoires (Bastien Vivès, Boulet, Erwann Surcouf, Tanxxx…).

Bédénovela

Le résultat, en droite descendance des théories de BD sous contraintes chères à l’Oubapo, réussit le tour de force d’être magnifique à la fois sur la forme et sur le fond. Depuis plus d’un an, chaque jour voit son épisode apporter les dernières aventures de Mathilde et la famille Islematy. Sans jamais décevoir, car Cadène a développé une science du cliffhanger démesurée, et même si certains épisodes sont légèrement en deçà, le rythme quotidien assure une moyenne de qualité largement supérieure à toute autre œuvre du même registre, loin, très loin d’un Plus belle la vie dessiné.

Par ailleurs, et c’est l’autre grande réussite de l’œuvre, le nombre de jeunes talents de la bande dessinée française ici réunis est proprement stupéfiant, laissant leur chance à des petits nouveaux qui ne dépareillent pas au milieu de leurs plus glorieux aînés. Sans jamais perdre en lisibilité, point essentiel dans cette démarche : les styles ne cherchent jamais à se copier, et s’il n’est rien de moins semblables que les traits d’un Vivès, d’un Surcouf ou d’une Marion Montaigne, les personnages sont toujours immédiatement reconnaissables. Une idée qui mêle adroitement recherche formelle, promotion des jeunes talents et plaisir de la lecture. Parce qu’en plus de réinventer une nouvelle manière de raconter une histoire, cette « bédénovela » est un vrai délice à feuilleter.

Les Autres Gens, t. 2, scénario de Thomas Cadène, dessins de Thomas Allart, Aseyn, Bandini, The Black Frog, Clotka, Chloé Cruchaudet, Manuele Fior, Alexandre Franc, Manu-xyz’, Princesse Camcam, Margot Scesa, Philippe Scoffoni, Vincent Sorel, Erwann Surcouf, Tanxxx, Sébastien Vassant, Bastien Vivès, éditions Dupuis.

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