En 1891, Conan Doyle voulait en finir avec Sherlock Holmes : « Je réfléchis à tuer Holmes ; et le liquider corps et âme. Il me détourne l’esprit de meilleures choses », écrivait-il à sa mère. Celle-ci lui répondit : « Faites comme bon vous semble, mais le public ne le prendra pas de gaieté de cœur. » N’en déplaise à ses lecteurs, il le tua et publia un roman plus « sérieux ». Mais des soucis financiers l’obligèrent à faire ressusciter le détective dans Les Aventures de la maison vide, avant que sous la plume d’auteurs profitant de cette seconde vie, le génial enquêteur de Baker Street ne réapparaisse dans de nombreuses fictions. Luc Martinelli est de ceux-là, poussant l’hommage – ou le pastiche – jusqu’à mettre en scène le détective à un moment de sa vie où tous, même Conan Doyle, le croyaient… mort. Autant d’aller-retour entre l’au-delà et le monde des vivants pourrait agacer. Mais bon, c’est Sherlock Holmes, alors on est content.

L’intrigue de Sherlock Holmes et le mystère du Palio se nourrit d’un fait survenu dans la saga : le séjour du détective londonien en Italie alors que tout le monde le croit décédé, tombé dans un précipice en même temps que le professeur Moriarty. Sous le pseudonyme de Sigerson, sa mission est de reconstituer le réseau des agents secrets britanniques. Mais à peine arrivé à Florence, Holmes entend parler d’un homicide advenu à Sienne dans lequel serait impliqué un Anglais, Jeremy Winter, ce qui pourrait bien compromettre sa mission. Il se rend à Sienne sur-le-champ, persuadé de l’innocence de son compatriote, et cherche à dénouer le piège dans lequel celui-ci est tombé. Assisté pour l’occasion par le petit Federigo, fils de son aubergiste, Holmes découvre des indices troublants qui le plongent dans l’effervescence du Palio, la célèbre course de chevaux siennoise.

Mythologie romanesque

Chez Martinelli, la façon dont le livre est présenté est presque aussi intéressante que son contenu car elle questionne la saga Holmes et son héritage littéraire. Elle interroge la mythologie. Sous forme d’un avant-propos qui insuffle un effet de réel, l’auteur fait le court récit d’un carnet qu’il a retrouvé chez un ami chiffonnier, un carnet ayant appartenu au docteur Watson : il s’agit d’une aventure non publiée de Holmes. Cette fictionnalisation extra-romanesque ne se contente pas de participer à ce retour du mythe : elle le permet, le lance pour ainsi dire. Car suit un préambule écrit par Watson en 1925 expliquant que le récit de cette aventure – le carnet retrouvé – devait être publié, selon les dernières volontés du docteur, par son « héritier inconnu » – rôle que semble endosser Martinelli avec joie – une fois « le millénaire passé », étant donné que tout le monde à l’époque croyait Holmes mort. Alors que le récit en lui-même n’a pas encore débuté, la structure du livre apporte les ingrédients nécessaires à la captation de l’intérêt du lecteur : du mystère s’ajoute au mystère, du mythologique au mythologique.

À travers une longue lettre envoyée à Watson alors que ce dernier croyait son ami mort, c’est Holmes lui-même qui prend en charge le récit de cette aventure. Il en est, de fait, le narrateur, tranchant ainsi avec l’originale prise de parole du docteur Watson, conteur de la saga. L’intrigue efficace, sur laquelle nous ne dirons rien, est complétée par des descriptions soucieuses de coller au ton de Holmes, à une narration fidèle à l’époque des faits relatés, une narration très fin XIXe : « Federigo somnolait sur mon lit, la respiration haletante, un tremblement léger et involontaire au coin de la bouche. Je m’affalai dans le fauteuil en poussant un soupir. J’enviais son innocence puérile car les enfants, heureusement, n’ont pas besoin de masque pour cacher leurs sentiments et leurs états d’âme. » Cette fidélité de ton et de rythme n’apporte rien d’exceptionnel, certes, rien d’original. D’ailleurs, l’aventure en elle-même importe peu. Ici, c’est le plaisir de voir Holmes surgir d’outre-tombe qui prime. Un plaisir simple et nostalgique. Alors, on plonge volontiers dans ce Mystère du Palio.

Sherlock Holmes et le mystère du Palio de Luca Martinelli
Traduit de l’italien par Lise Caillat
Éditions Joëlle Losfeld
229 pages
Crédit photographique : Damia Lion, éditions Joëlle Losfeld

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