Tome 1 paru le 27 mai 2011

Niché sur un flanc de colline, dans le cadre enchanteur d’une cascade millénaire, se tient la tour du Coq Vert. Cet ancien bâtiment fortifié est depuis l’arrivée du comte Fausto de Scaramanda un véritable havre de paix, une auberge ouverte à tous dont les occupants vivent loin des tribulations de la ville et des rumeurs de guerre. Et au cœur de ce domaine, Polpette, ancien cuisinier pour soldats, fait tranquillement sa popote. Jusqu’au jour où…

Olivier Milhaud a beau être un nouveau venu dans le monde de la bande dessinée, sa première œuvre a tout pour devenir un classique. On y retrouve une ambiance étonnamment rétro, un peu dans cet esprit de l’époque Dupuis… et en même temps une certaine noirceur dissimulée derrière l’apparente quiétude. Le petit univers fermé qui nous est exposé dans la première moitié du Viandier de Polpette va rapidement subir les assauts du vrai monde, sous la forme du père et des cousins de l’insouciant propriétaire des lieux, le dilettante Fausto. Et l’on réalise soudain que les résidents désassortis du Coq Vert n’y habitent pas forcément que pour la douceur du climat, mais plutôt pour fuir l’extérieur et un mal peu montré, mais dont l’horreur est prégnante : la guerre. Plusieurs remarques font ainsi référence à une situation politique des plus inquiétantes, dont les effets devraient à n’en pas douter atteindre le petit domaine dans les prochains tomes.

La sympathique coterie

Si cet aspect fonctionne indéniablement, la grande réussite de l’album reste sans conteste le potentiel sympathie des personnages et du lieu décrit. Entre l’écriture intelligente et le dessin délicat, enfantin et pourtant précis de Julien Neel (auteur révélé par la meilleure série jeunesse du moment, Lou !, et par le plus intimiste Chaque chose, largement à la hauteur), chacun vit et se révèle, parfois par un simple détail graphique. Le flegmatique factotum Biryani et ses airs guindés rappelant vaguement le Smithers des Simpson ; la volcanique Alméria, responsable du chauffage, des bains et de la curieuse communauté de furets résidant au Coq Vert ; l’étrange duo Andrew et Mlle Emma (fils/mère ? frère/sœur ?) ; les clients de l’auberge Léopold et Diego Suarez, discrets et manifestement anciens militaires. Tous prennent vie sous nos yeux, jusqu’au placide Polpette, cuistot émérite et franc du collier ayant ouvert son « viandier » dans cette auberge hospitalière. Un viandier pour oublier les charniers, quoi de plus logique ?

L’intrigue prend place dans un lieu enchanteur, une ancienne place fortifiée réhabilitée en auberge qui, par le talent de conception architecturale de Neel, devient un personnage à part entière1. Cerise sur le gâteau, le duo Milhaud et Neel ponctue son récit de recettes de cuisine correspondant aux mets consommés par les héros. Ajoutant le plaisir gustatif au plaisir graphique, les deux auteurs réussissent le tour de force de donner envie d’enfiler un tablier pour tester le prego (un sandwich), la fabada de Péréro (une sorte de cassoulet) ou le Queen Fiz (un cocktail à base de gin). Et surtout de filer s’acheter un billet de train pour le Coq Vert, tant cette petite coterie d’exilés donne envie de la rejoindre.

Le Viandier de Polpette, tome 1, L’Ail des ours, scénario d’Olivier Milhaud, dessins de Julien Neel, éditions Gallimard.

Crédit images : Gallimard BD 2011

1 Il est du reste coutumier du fait, plusieurs habitations des albums de Lou ! étant indéniablement dotées d’une âme (c’est d’ailleurs un leitmotiv dans cette série).

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