Jusqu’au 23 octobre 2011, théâtre des Gémeaux puis en tournée

Molière revisité par Éric Lacascade : l’affiche est alléchante. Depuis plusieurs années, le metteur en scène nous avait plutôt habitué à se frotter avec brio aux grands dramaturges russes, notamment Tchekov et Gorki. Dans cette nouvelle création, il nous présente une vision très sombre de Tartuffe. Une vision intrigante mais qui à force de prendre le texte à rebrousse-poil finit par tomber dans le contresens.

Comme tous les brillants auteurs de comédie, Molière avait l’intelligence de construire ses pièces satiriques en s’appuyant sur des tourments humains à la portée universelle – jalousie, mesquinerie, arrivisme, amours impossibles… La force de ses personnages est de nous faire rire malgré les malheurs qui les assaillent, de pointer leurs côtés ridicules. Or, dans ce Tartuffe, Lacascade veut tellement mettre à nu la douleur des protagonistes qu’il aborde une bonne partie de la pièce comme une tragédie.

Deux pièces en une

Si cette approche apporte à certains passages une subtilité et une noirceur non dénuées de charme, elle malmène la logique de la pièce au point que les ressorts dramatiques ne fonctionnent plus. Les effets écrits pour être drôles tombent à plat et les personnages perdent en lisibilité. Un choix qui laisse d’autant plus perplexe qu’il n’est pas tenu de bout en bout : dans quelques scènes, Lacascade se laisse gagner par l’esprit de Poquelin et nous offre de merveilleux moments de comédie.

On pense particulièrement à Orgon qui, voulant confier dans le plus grand secret ses desseins de mariage à sa fille, se transforme en paranoïaque hilarant, ou encore à sa confrontation épique avec la servante Dorine1. Mais la rupture de ton est si radicale entre ces échappées durant lesquelles la farce explose et le reste de la pièce, que l’on a l’impression d’assister au carambolage de deux spectacles distincts.

Les classiques sont là pour être réinventés et en cela le travail d’Éric Lacascade est respectable : il s’est autorisé à regarder Tartuffe d’un oeil neuf. Et même si tout ne convainc pas dans sa vision de ce Molière, il nous a si souvent fait vibrer par le passé que l’on attend ses prochaines explorations d’artiste pasionné avec impatience.

Tartuffe de Molière, mise en scène d’Éric Lacascade, théâtre des Gémeaux.
Avec : Jérôme Bidaux, David Botbol, Arnaud Chéron, Simon Gauchet, Christophe Grégoire, Stéphane E. Jais, Norah Krief, Éric Lacascade, Daria Lippi, Millaray Lobos, Laure Werckmann.
Crédits photographiques : Mario Del Curto/LD.

Tournée :
– 3 & 4 novembre 2011 : Théâtre de Privas
– 8 & 9 novembre 2011 : Théâtre de l’Archipel, Perpignan
– 12 novembre 2011 : Théâtre de Carcassonne
– 15 novembre 2011 : Théâtre de l’Olivier, Istres
– 18 & 19 novembre 2011 : Sortie Ouest, Béziers
– 22 novembre 2011 : Maison de la culture de Nevers et de la Nièvre
– 25 & 26 novembre 2011 : Le Parvis, Tarbes
– 29 nov. au 2 déc. 2011 : La Comédie de Clermont-Ferrand
– 6 décembre 2011 : Le Théâtre de Mâcon
– 9 décembre 2011 : Le Rive Gauche, Saint-Etienne-du-Rouvray
– 13 au 15 décembre 2011 : Le Phénix, Valenciennes
– 4 au 14 janvier 2012 : Théâtre nationale de Bretagne, Rennes
– 17 & 18 janvier 2012 : Maison de la culture d’Amiens
– 25 au 27 janvier 2012 : La Coursive, La Rochelle
– 31 janvier 2012 : Théâtre Jean Vilar, Saint-Quentin
– 3 & 4 février 2012 : Théâtre musical de Besançon
– 7 au 10 février 2012 : Théâtre de Caen
– 14 au 18 février 2012 : Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines
– 21 février 2012 : Théâtre des Salins, Martigues
– 27 février au 2 mars 2012 : Grand T, Nantes
– 6 & 7 mars 2012 : Théâtre de Cornouailles, Quimper
– 10 & 11 mars 2012 : Schauspielhaus Zürich (Suisse)
– 14 &15 mars 2012 : Koeninklijke Schouwburg, La Haye (Pays Bas)
– 20 au 31 mars 2012 : MC2, Grenoble
– 3 au 6 avril 2012 : Comédie de Reims
– 12 &13 avril 2012 : Théâtre du Granit, Belfort
– 17 avril 2012 : Théâtre en Dracénie, Draguignan
– 21 avril 2012 : Scène nationale, Evreux
– 24 & 25 avril 2011 : La Passerelle, Saint-Brieuc
– 2 au 4 mai 2012 : Espace Malraux, Chambéry
– 8 au 12 mai 2012 : La Comédie de Genève (Suisse)
– 15 & 16 mai 2012 : Espaces pluriels, Pau

  1. Interprétée par l’excellente Norah Krief, remarquée les deux dernières saisons pour son rôle de la Môme Crevette dans La Dame de chez Maxim. []

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *