Jusqu’au 11 décembre 2011, théâtre de La Tempête

Don Pedro revient victorieux de la guerre, entouré de ceux qui ont servi avec lui : son frère à l’humeur sombre, Don Juan, le loyal Claudio et l’excentrique Bénédict. Après les faits d’armes héroïques, l’heure du repos a sonné et ils sont tous accueillis pour quelques jours chez Léonato, le gouverneur de Messine. Claudio tombe amoureux de la fille du gouverneur tandis que Bénédict reprend ses éternelles chicanes avec Béatrice, demoiselle à la langue bien pendue. L’esprit de la fête et de l’amour semble régner mais, dans l’ombre, Don Juan observe pour mieux nuire…

Beaucoup de bruit pour rien fait partie des comédies shakespeariennes assez peu montées, même si Kenneth Branagh lui avait offert un regain de popularité dans les années 1990 grâce à une adaptation cinéma réussie. Il est vrai que l’histoire souffre de quelques défauts structurels, avec ses rebondissements un peu tirés par les cheveux, mais sa force réside dans des personnages très attachants et, pour le coup, très bien écrits. Et quand ils sont bien joués, comme c’est le cas ici, les défauts sont vite oubliés.

Un duo virevoltant

Si Claudio et la fille du gouverneur, Héro, représentent les parfaits amoureux romantiques, les vraies stars de la pièce sont sans conteste leur contrepoint comique, Béatrice et Bénédict. Elle est grande gueule et féministe avant l’heure. Il est un homme joyeux, célibataire endurci jurant par tous les dieux que nulle femme ne lui passera la corde au cou… Ces deux-là se détestent comme d’autres s’aiment : avec constance, ténacité et inventivité. Ce duo est ici interprété par une Alix Poisson et un Bruno Blairet vifs et virevoltants, à la fois touchants et désopilants. La mise en scène souligne le décalage de ces personnages en habillant Béatrice en pantalon et Bénédict en kilt – on regrette presque qu’ils finissent par revenir à des tenues plus conventionnelles.

À part un Claudio un peu en deçà des autres, le reste de la distribution est très convaincant. On retrouve avec plaisir Eddie Chignara qui se sort avec son brio habituel du difficile rôle de Dogberry et offre une belle résonance au personnage d’Antonio. La jeune comédienne Manon Combes donne une vitalité et une rare épaisseur à la servante de Héro, Marguerite.

Le plateau est placé dans un cadre noir : le procédé n’est pas nouveau, mais fonctionne ici très bien. Clément Poirée fait jouer ses acteurs avec cet espace, leur donnant parfois l’occasion de littéralement sortir du cadre pour apporter un autre point de vue à ce qui est en train de se dérouler, espionner ou être espionné. Si l’on peut regretter des transitions parfois longuettes, cela n’est pas suffisant pour gâcher notre plaisir. Ce Beaucoup de bruit pour rien, enlevé et relevé comme il se doit, mérite – en dépit de son titre – toute votre attention.

Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare, mise en scène de Clément Poirée, théâtre de La Tempête.
Avec : Suzanne Aubert, Bruno Blairet, Eddie Chignara, Manon Combes, François de Brauer, Jean-Claude Jay, Matthieu Marie, Laurent Ménoret, Alix Poisson, Julien Villa.
Crédits photographiques : Antonia Bozzi.

Une réflexion sur “Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare – Faisons grand bruit !

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