Jusqu’au 25 décembre 2011, aux Ateliers Berthier, puis en tournée

Il était une fois une gosse qui perdait sa mère. Elle s’appelle Sandra, Cendrier ou Cendrillon, peu importe. Elle est surtout la nouvelle héroïne de Joël Pommerat et elle nous bouleverse. Après ses adaptations du Petit Chaperon rouge et de Pinocchio, le grand metteur en scène détourne le célèbre conte pour mieux y retourner avec une langue en verve et des acteurs touchés par la grâce. Il était une fois une pièce avec un sourire – et peut-être une larme1

Cette année, au pied du sapin de Noël, les petites filles ne réclameront plus des robes de princesse froufroutantes. Non, elles commanderont un bienheureux corset orthopédique comme celui de Cendrillon. Les petites filles ? Pas seulement ! Il suffit d’observer la population venue aux Ateliers Berthier ce soir-là pour comprendre que le théâtre de Joël Pommerat est de ceux qui parlent à tous. La grande force de Cendrillon, c’est déjà cela : réunir les spectateurs autour d’un conte dont chacun connaît pourtant tous les tenants et les aboutissants. Comme au temps où l’oralité était encore le premier passeur d’histoires, Pommerat se fait le passeur du drame d’une gosse ayant perdu sa mère et qui ne s’en remet pas. Oubliés le gore des frères Grimm et la bêtise morale de Disney : la pièce balaye les clichés pour nous offrir une version résolument contemporaine. Sandra est une très jeune fille en proie au deuil, qui lutte pour ne pas devenir folle. Cette Cendrillon-là n’est pas particulièrement jolie. Elle jure comme un charretier et aime récurer les sanitaires parce que ça lui fait du bien. Étonnant retournement de situation qui fait de la gamine exploitée une enfant de la résistance. Elle se bat, tel Cyrano, elle se bat pour rester vivante.

Revenir à l’essentiel

Premier témoin de cette vitalité : l’humour omniprésent. En évitant tout sentimentalisme, les personnages sont ramenés à leurs contradictions. Rien de tel qu’une belle-mère accro à la jeunesse éternelle, des soeurs qui passent leur vie sur leur téléphone portable et une marraine la fée complètement givrée qui n’y connaît rien à la magie. Les comédiens de Pommerat sont excellents. Virtusoses, ils changent de personnage comme de costume et offrent toute leur humanité à ces rôles. Dans Cendrillon, toute caricature est évitée, tout cynisme aussi. On rit du malheur et du ridicule sans jamais perdre l’empathie.

Alors l’émotion survient. Dans le vide d’un plateau quasi nu où seule la lumière définit les espaces de jeu, le jeune prince (petit, pas beau, mal fagoté) chante Father and son de Cat Stevens d’une voix claire. Et tout est dit. Le théâtre, c’est la vérité de ce gosse-là. Et tout le reste n’est qu’esbroufe. Merci, M. Pommerat.

Cendrillon de Joël Pommerat, mise en scène de Joël Pommerat, aux Ateliers Berthier.
Avec : Alfredo Cañavate, Noémie Carcaud, Marcella Carrara, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Deborah Rouach, Nicolas Nore et José Bardio.
Crédits photographiques : Cici Olsson.

Tournée :

– 8 février 2012 : Maison de la Culture de Tournai, Belgique
– 1er au 4 mars 2012 : Théâtre Royal de Namur, Belgique
– 17 & 18 mars 2012 : L’Ancre en collaboration avec le Palais des Beaux Arts de Charleroi, Belgique
– 4 & 6 avril 2012 : La Coursive, Scène nationale de La Rochelle
– 14 avril 2012 : Le Carré Sainte-Maxime
– 25 & 26 avril 2012 : Forum Meyrin, Genève, Suisse
– 4 & 5 mai 2012 : Espace Jules Verne, Scène conventionnée du Val d’Orge, Brétigny-sur-Orge
– 9, 10, 11, 12 & 15 mai 2012 : Théâtre National de Bretagne, Rennes
– 22 au 25 mai 2012 : Comédie de Béthune, Centre Dramatique National Nord-Pas-de-Calais
– 31 mai & 1er juin 2012 : Le Carreau, Scène nationale de Forbach et de l’Est mosellan, Forbach

  1. Célèbre panneau introduisant The kid de Charlie Chaplin en 1921. []

Une réflexion sur “Cendrillon de Joël Pommerat – La Kid

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