Jusqu’au 9 février 2011, à l’Aktéon théâtre

Tchekhov est un auteur drôle. Souvent cantonné aux mises en scène dramatiques, le dramaturge russe n’aura pourtant jamais eu de cesse de clamer que ses pièces étaient des comédies. La compagnie Les Arts osés, avec deux pièces courtes de Tchekhov  L’Ours et Une demande en mariage, semble répondre à cette affirmation de l’auteur. Parcourues de gags et agitées par une direction d’acteurs clownesque, les deux pièces se suivent, se ressemblent et finissent par nous révéler le besoin urgent d’un peu de… tragédie !

Les quatre comédiens de la compagnie Les Arts osés ont de l’énergie à revendre. En prenant le parti de s’attaquer à Tchekhov avec vitalité, ils exploitent une veine toute vaudevillesque que Feydeau lui-même ne renierait pas. Il est question d’amour, de couples qui s’aiment autant qu’ils se haïssent et de contrariétés orgueilleuses qui façonnent les mouvements du coeur. Pour marquer la différence entre les deux pièces, le metteur en scène Alexandre Oppecini a une bonne idée : opposer un univers en noir et blanc pour L’Ours à un univers en rose bonbon pour Une demande en mariage. Et si le contraste amuse, les deux pièces conservent cependant la même tonalité. Dans chacune le rythme est enlevé, les personnages grotesques et les gags souvent téléphonés. Dans l’attente d’un revirement de situation qui n’arrive pas, les deux pièces se laissent regarder avec plaisir mais sans bouleversement.

Bien que sans surprises, Les Arts osés ont de l’astuce dans leurs bagages. En ouvrant Tchekhov au clown (à noter la prestation hilarante de la mère, Sophie Ricci, qui ne s’exprime qu’en gromelot1), les pièces se tournent vers un théâtre plus physique que littéraire. Mais au petit jeu du corps poétique, les comédiens sont plus ou moins à l’aise. L’Ours pèche  par une direction d’acteurs lourde et insistante, alors qu’Une demande en mariage fonctionne mieux grâce à son jeu plus absurde et souple.

En éludant le côté (forcément) dramatique des deux pièces pour n’en garder que les charmes de la comédie, L’Ours et Une demande en mariage perdent en profondeur ce qu’ils auraient gagné en justesse en sachant trouver le bon dosage entre légèreté et gravité. Tchekhov est drôle certes. Mais il l’est à la slave : avec quelques sanglots et surtout beaucoup de vodka !

L’Ours et Une demande en mariage de Anton Tchekhov, mis en scène par Alexandre Oppecini, à l’Aktéon théâtre.
Avec : Thibaud David, Sophie Ricci, Thiébaut Viel et Emilie Vyns.
Crédits photographiques : Compagnie Les Arts osés.

  1. Langage imaginaire constitué de syllabes et sons rendu compréhensible par les seules intonations et mimiques du comédien. []

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