Jusqu’au 30 décembre 2011, aux Bouffes du Nord

Charmante, sensuelle, excessive, ridicule, vulgaire, sensible : faites place à la divine Michel ! Acteur d’exception travesti à l’occasion de son Récital emphatique en tragédienne hors norme, Michel Fau revisite les divas intouchables pour en dire à la fois et le sublime et la bêtise. Pendant une heure, au milieu du plateau nu des Bouffes du Nord, le comédien nous rappelle à juste titre qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise culture et que tout est affaire de style.

Quel espace plus approprié que les Bouffes du Nord pour accueillir ce Récital emphatique ? Théâtre construit en 1876, il ouvre et ferme à moult reprises avant d’être abandonné en 1952 sans autre forme de procès. Drames, vaudevilles, music-hall et opéra s’y seront succédés au fil des époques, des directeurs et des stars éphémères. Repris en 1974 par Peter Brook et Micheline Rozan1, le théâtre est alors conservé dans son état de semi-délabrement afin de ne pas en effacer les traces du temps passé. Comment ne pas alors être emporté par la diva jouée par Michel Fau, comme tout droit sortie de ces murs ancestraux, qui semble appeler à nous l’époque des Sarah Bernhardt et des Damia gouailleuses ? Fantôme de l’opéra aux cils battants et aux robes extravagantes, Fau revisite les icônes soit-disant intouchables pour mieux les bousculer.

Qu’elles prennent le visage de Dalila, Phèdre ou Duras, les héroïnes de Fau possèdent les tics de leur style de jeu et/ou de leur opéra. Poses affectées pour les unes, vibratos insensés pour les autres, les alexandrins ont les « » qui claquent et les «» qui roulent et la divine Michel adopte les codes du genre à bras-le-corps. En s’accaparant ces stéréotypes au féminin, Fau offre un bel hommage aux différentes figures de la tragédie, entre rire et larmes. Finalement, n’y a-t-il pas de meilleure plaisanterie que celle d’une Phèdre revisitée à toutes les sauces du genre ? Ce brillant exercice de style permet de redécouvrir chaque nuance d’un texte entendu et réentendu. La distance créée par le rire creuse le chemin d’une meilleure écoute du texte. Parfois émouvant, souvent irrésistible, Michel Fau maintient la distance nécessaire à cette redécouverte de nos classiques et la proximité vitale à l’éclosion de la grâce.

Et c’est parce qu’il reprend aussi bien Summertime de Gershwin (en francisant les paroles) que Les Poils de cul de la tante Amélie que Fau permet à son récital d’annuler toute frontière entre la culture d’élite et la culture populaire. Zaz et Saint-Saëns : même combat ! Fau ridiculise les textes dits pauvres comme ceux décrétés riches. Tout se vaut dès l’instant que le genre est affirmé. La divine Michel se rit de tout. Et cerise sur le gâteau, le public rit avec elle.

Récital emphatique de Michel Fau, mis en scène par Michel Fau, aux Bouffes du Nord.
Avec : Michel Fau et le pianiste Mathieu El Fassi.
Crédits photographiques : Marcel Hatmann.

  1. La saga continue, puisqu’en 2010 Peter Brook et Micheline Rozan ont passé le flambeau de la direction des Bouffes du Nord à Olivier Mantei et Olivier Poubelle. []

Une réflexion sur “Récital emphatique de Michel Fau – Divine comédie

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