Colère-noire
Colère noire d’après Brigitte Fontaine – Delirium tremens

Jusqu’au 14 avril 2012, au Lucernaire

Quelle comète intersidérale s’est un jour éclatée sur Terre pour y disperser et ventiler, façon puzzle, Brigitte Fontaine ? La grande dame hallucinée de la chanson hexagonale est un OVNI dont les humains ont tout à apprendre. Pour la création originale de Colère noire au Lucernaire, la non moins barge Emmanuelle Monteil éclaire d’un jour nouveau les nombreux écrits (chansons, poèmes, romans, etc.) de Brigitte Fontaine. Naviguant entre fantaisie, dépression et appétit de vivre, la pièce est un poème fragmenté inégal, plein d’humour et d’émotion.

Constitué de bribes de textes multiples, Colère noire préfère le canevas farfelu à une histoire organisée. Tant mieux ! En construisant un spectacle aux mille et une vignettes, sont données à entendre les nombreuses voix issues d’une galerie de personnages aussi fantasques qu’inquiétants. L’imagination des spectateurs est mise à contribution : à eux de décider s’il y a un lien logique entre telle et telle séquence ou si la pièce est à entendre comme un long poème libertaire. En laissant la place aux ruptures de ton, le lyrisme naît de ce que la comédienne est saisissante et pourtant insaisissable. La mise en scène s’axe principalement sur l’utilisation de l’espace du plateau et des lumières pour créer des microcosmes adaptés à chacun des textes interprétés.

Emmanuelle Monteil est une belle comédienne. Belle en ce sens qu’elle met un engagement farouche à défendre les mots de Brigitte Fontaine. Son corps lui-même s’en trouve changé. Tour à tour jeune et vieille, joyeuse et triste, élégante et vulgaire, elle offre à cette Colère noire une vérité en forme de delirium tremens : une ivresse des sentiments. L’absurde affleure l’émotion. Et inversement.

Je suis in, inadaptée

La pièce est une partition à deux. Le musicien David Aubaile, à grand renfort d’ordinateur, de synthétiseur et de différentes flûtes, accompagne la performance d’Emmanuelle Monteil. Et si la force d’évocation de quelques compositions tendent à renforcer la densité du jeu, d’autres passent à la trappe. Lors de certaines transitions entre deux textes, la musique fait figure d’intermède malheureux donnant l’impression d’être écrite pour permettre (surtout) à la comédienne de se reposer. Un peu longuette sur la fin, la pièce est néanmoins remarquable. Sa principale qualité est à l’image de Brigitte Fontaine : son entièreté, dans la joie comme dans l’émotion. Une comète intersidérale, on vous dit.

Colère noire d’après Brigitte Fontaine, mis en scène par Gerold Schumman, au Lucernaire.
Avec : Emmanuelle Monteil et David Aubaile (musicien).
Crédits photographiques : Théâtre de la vallée.


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