heritages_thumb
Héritages de Bertrand Leclair – Regarde-moi quand je te parle

Jusqu’au 4 mars 2012, IVT

À l’âge de 20 ans, Julien Laporte, sourd de naissance, a quitté la maison familiale en coupant tous les liens avec son entourage. Un quart de siècle plus tard, suite au décès de sa mère, il retourne pour la première fois sur le lieu de son enfance et y retrouve son frère et sa sœur. Le temps a passé mais les vieilles blessures sont vite rouvertes :  la maison rappelle à Julien les longues séances d’entraînement pour articuler et former des mots que lui faisait subir son père, un oraliste convaincu qui entendait ainsi « soigner » son fils.

En parfaite concordance avec la thématique d’Héritages, sur scène se mélangent comédiens sourds et entendants. Afin de pouvoir régler les questions de succession, comme cela pourrait se passer dans la vie, Julien et sa famille sont venus avec une traductrice en langue des signes pour faciliter les échanges avec les parlants. Une présence presque constante qui permet à la pièce d’être tout public, que l’on pratique la langue signée ou parlée. On appréciera néanmoins les quelques moments où la traductrice s’efface, que cela soit lors d’un tête-à-tête pudique entre Julien et sa sœur cadette ou lors d’un repas familial, nous permettant de vivre d’un peu plus près l’expérience de communication maladroite entre ces êtres à la fois si proches et si loin les uns des autres.

Mais une traductrice ne suffit pas pour se faire comprendre. Julien et son frère aîné n’en finissent pas de se disputer : le premier garde le souvenir d’un père tyrannique ayant failli lui couper les ailes, son frère celui d’un père supérieurement intelligent qui ne s’intéressait qu’à son cadet. Ce n’est pas tant leur langage qui les sépareque leur vision du monde. Cette opposition est utilisée pour raconter l’histoire des sourds et plus particulièrement le désastreux épisode du congrès de Milan de 1880, qui entraîna l’interdiction des signes dans l’éducation des enfants malentendants. La pièce souffre d’ailleurs d’une volonté didactique trop marquée, bavarde : c’est lorsque les personnages donnent le champ libre à leurs émotions plutôt qu’à des explications théoriques appuyées qu’ils nous touchent le plus.

Là où le pari d’Emmanuelle Laborit, metteur en scène de la pièce et directrice de l’IVT1, est gagné, c’est que l’on ressort d’Héritages avec des démangeaisons dans les doigts, que l’on repart avec l’envie d’apprendre ne serait-ce que quelques-uns de ces signes qui ont dansé sous nos yeux pendant un peu plus d’une heure.

Héritages de Bertrand Leclair, mise en scène d’Emmanuelle Laborit, IVT.
Avec : Simon Attia, Noémie Churlet, Thomas Leveque, Anne-Marie Bisaro, Marc Berman, Serpentine Teyssier.
Crédits photographiques : Sylvie Badie-Levet.

  1. International Visual Theatre, lieu de création, de formation et d’expérimentation artistique autour du théâtre et de la langue des signes. []

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *