Il faut je ne veux pas de Musset et Besset – On n’échappe pas à son époque

Il faut je ne veux pas de Musset et Besset – On n’échappe pas à son époque

Jusqu’au 31 mars 2012, théâtre de l’Oeuvre

L’amour et le couple observé en miroir à travers deux courtes pièces écrites à presque  deux siècles d’intervalle, voilà de quoi piquer la curiosité. Dans Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée d’Alfred de Musset, une jeune et belle marquise se cabre face aux assauts d’un comte qui ne fait que l’assommer de compliments sans jamais lui parler mariage. Dans Je ne veux pas me marier de Jean-Marie Besset, une jeune mathématicienne à la veille de ses noces s’inquiète d’éventuels effets secondaires du mariage sur le désir de l’homme qu’elle aime. Deux révoltes intimes qui épousent parfaitement leur époque.  Bien vu !

Il faut un sacré culot pour se frotter à Musset de façon frontale comme le fait Jean-Marie Besset dans Il faut je ne veux pas. Sa pièce arrive après celle de Musset – chronologie oblige –, qui est un petit bijou d’écriture subtile. Comment ne pas rompre le charme ? Jean-Marie Besset évite l’écueil avec une mise en scène maligne qui orchestre une transition progressive entre les deux époques et donc les deux écritures. Et c’est gagné. On a beau rester dans le même appartement, on est soudain bien loin de l’amour au temps de Musset, on repart vers autre chose, sur d’autres bases.

Tout sonne juste

Si l’état des lieux du couple est initié par deux auteurs masculins, ils en confient tous deux l’initiative à la femme. Réputée plus complexe face aux choses de l’amour, c’est elle qui se révolte, qui crie sa peur de ne pas être suffisamment aimée. Tour à tour mutines, désabusées ou désespérées, les deux passionarias bousculent l’homme et l’entraînent – et le public avec – dans une valse de sentiments parfois contradictoires et toujours inquiets. Dans Il faut je ne veux pas, les femmes savent ce qu’elles redoutent et n’ont pas peur de le clamer haut et fort. L’homme ne peut que suivre le mouvement. Délectable, le texte de Musset se savoure d’autant mieux que ses interprètes semblent se régaler à le jouer. Tendu, serré, très révélateur des rapports de couple actuels, celui de Jean-Marie Besset ne mâche pas ses mots pour renvoyer le futur marié à la rencontre de ses sentiments.

Le talent des comédiens n’est pas pour rien dans la tenue de l’ensemble. Adrien Melin campe, avec une belle justesse, le hussard de la pièce de Musset puis le banquier de celle de Jean-Marie Besset. Très pertinentes, les deux comédiennes sont parfaites, avec une palme toute spéciale pour Chloé Olivères dans le rôle de Vivien. Semblant égarée dans une époque où les rapports hommes-femmes ont toutes les libertés, elle perd les pédales face à l’angoisse de ne plus être désirée et se débat avec une belle énergie dans les mailles d’un filet qu’elle ne veut pas voir se refermer sur elle.

Belle trouvaille de mise en scène, des fantômes de 1840 viennent hanter les lieux où Tigrane et Vivien, en 2008, essayent laborieusement de se projeter dans l’avenir. Le temps est écrasé comme si la question de l’amour restait éternellement irrésolue et en suspens.

Que l’on soit homme ou femme, on sourit souvent, jaune parfois, et l’on suit avec grand intérêt les chemins sinueux qu’empruntent ces deux couples pour tenter de mieux se trouver.  De quoi stimuler, après la pièce, des tas de commentaires sur l’oreiller.

Il faut je ne veux pas de Alfred de Musset et Jean-Marie Besset, mise en scène de Jean-Marie Besset, théâtre de l’Oeuvre.
Avec : Adrien Melin, Chloé Olivères, Blanche Leleu.
Crédits photographiques : Marc Ginot.

Rédacteur

Cécile Maslakian