Poil-de-carotte
Poil de carotte de Jules Renard – Sur le divan

Jusqu’au 4 mars 2012, au Studio-Théâtre

Poil de carotte, l’histoire éternelle de la résistance passive d’un enfant mal aimé par ses parents. Du roman paru en 1894, Jules Renard et André Antoine1 ont fait une pièce éponyme en un acte. Recentrée autour de quatre personnages seulement (M. et Mme Lepic, Poil de carotte et Annette), l’histoire densifie la relation père-fils et met la figure toute puissante de la mère à distance. Si la mise en scène de Philippe Lagrue ne propose aucun parti pris singulier, elle permet cependant aux comédiens une subtile exploration des rapports filiaux, entre pudeur et dépit.

Pour sonder l’intimité familiale, le petit Studio-Théâtre de la Comédie-Française est tout adapté. La pièce de Jules Renard est sans fastes. À tel point que la cabane en vieilles planches construite à cour paraît presque encombrante. La sobriété du décor met en valeur les corps des comédiens et les paroles des personnages. Tout au plus quelques discrets effets de lumière et une voix off donnent de la théâtralité au naturalisme proposé par Philippe Lagrue. Seule la fenêtre de la maison semble apporter une dimension esthétique à la mise en scène. En y faisant apparaître la fantômatique présence de Mme Lepic, la pièce tient là sa plus jolie trouvaille : davantage évoquée que vue, la mère est une présence quasi invisible dont l’aura crée de la terreur. La poésie s’en tiendra à cet effet. L’enjeu est ailleurs.

Poil de carotte se découpe en deux longs dialogues : le premier entre Annette et Poil de carotte, le deuxième entre Poil de carotte et son père. Révélateurs des émotions et des questionnements du jeune héros, ils sont la force et la fragilité du spectacle. Tantôt bouleversants, tantôt bavards, ils donnent à entendre les pensées d’êtres brisés – sans pour autant jamais les confronter à de quelconques actions physiques réelles. Intérieurs, les mouvements des personnages ont la dimension d’une longue psychanalyse freudienne : passionnante et barbante à la fois.

Pour incarner le rôle délicat de Poil de carotte, Benjamin Jungers est une recrue de choix. Dirigé avec une grande finesse, la force vitale de François (le vrai prénom de l’adolescent) est impatiente et sauvage. Sans jamais sombrer dans la caricature du héros maltraité, le jeune comédien s’emploie à un jeu pudique et légèrement hyperactif où le débit de la parole est la seule issue de secours. Sa présence associée à celle de Gilles David en taciturne père de famille suffisent à donner à ce Poil de carotte l’étoffe d’une agréable pièce classique. Pour l’humiliation et la violence, il faudra cependant repasser.

Poil de carotte de Jules Renard, mis en scène par Philippe Lagrue, au Studio-Théâtre.
Avec : Catherine Sauval, Coraly Zahonero, Benjamin Jungers, Gilles David et la voix de Grégory Gadebois.
Crédits photographiques : Cosimo Mirco Magliocca.

  1. Célèbre metteur en scène français de la première moitié du XXe siècle. Il a participé à l’essor d’un théâtre plus intimiste et moins déclamatoire. []

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