Sun
SUN de Cyril Teste et le Collectif MxM – L’expérience de l’enfance

Jusqu’au 18 février 2012, au 104

Ne vous fiez pas à l’anecdote de départ. De l’histoire de deux enfants allemands partis un petit matin avec leur valise pour aller se marier au soleil, il ne demeure tout au plus que le titre : SUN. Étonnant poème visuel et sonore, la nouvelle création de Cyril Teste du collectif MxM est une exploration des territoires perdus de l’enfance. En utilisant de nombreux procédés de projections, de machines inventives et un plateau tournant, SUN fait appel à l’imaginaire et aux sensations de ses spectateurs… quitte à les laisser sur le carreau de l’abstraction. À force d’effets, l’humain disparaît peu à peu pour laisser place à une enfance sans saveurs, conçue par des adultes pour des adultes.

Peut-on reprocher à SUN sa magnifique scénographie ? Non. Peut-on critiquer ses ingénieuses projections qui permettent une interprétation de l’espace de jeu à l’infini ? Pas plus. La création de Cyril Teste et du collectif MxM a la perfection agaçante d’une œuvre où rien n’est laissé au hasard. Parce que la pièce est conçue en harmonie avec des arts numériques, chaque tableau est d’une précision rigoureuse. Se déroulent régulièrement des séquences fortes où l’humain semble se noyer dans un monde mi-réel mi-fictif, cheminant entre le visible et l’invisible.

L’inconscient parcourt la pièce. Toute sa poétique se construit à partir d’associations de sens, d’images, de mots. En évoquant les liens intimes raccrochant l’adulte à l’enfant qu’il a été, l’utilisation de tous ces effets technologiques et sensitifs tient plus du théâtre expérimental que d’un théâtre conventionnel. Sans aucune ligne dramatique, ni véritable personnage, ni véritable texte (la majorité des dialogues tiennent dans la voix off et dans les murmures des enfants mixés avec une musique planante), on a la sensation d’être à l’intérieur d’un crâne d’homme et d’en suivre les états de conscience et de souvenirs.

Oubliée, l’enfance

L’idée est belle. Mais voilà, SUN reste une idée. Noyés dans une scénographie qui leur enlève toute spontanéité et toute humanité, les enfants sont les marionnettes studieuses d’une machinerie infernale. Leurs mots et leurs gestes semblent appartenir à un univers d’adultes qui auraient oublié qu’ils étaient des enfants. Quel soulagement d’alors constater, aux saluts finaux, qu’ils bondissent comme des cabris et qu’ils se marrent comme des baleines. On avait presque oublié quel goût ça avait, la légèreté.

SUN de Cyril Teste et le collectif MxM, mis en scène par Cyril Teste, au 104.
Avec : Matteo Eustachon, Stéphane Lalloz, Babacar M’Baye Fall et Adama Diope (en alternance), et Zina-Lucia Méziat.
Crédits photographiques : Christophe Raynaud de Lage.

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