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Yvonne princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz – Les plaisanteries les plus courtes…

Jusqu’au 16 février 2012, théâtre de La Cité internationale

À la cour du roi, le prince s’ennuie. Même les pitreries de jeune homme à peine sorti de l’adolescence auxquelles il s’adonne avec son meilleur ami ne le distraient plus vraiment des lourdeurs de la vie de palais. Jusqu’à ce que son chemin croise celui d’Yvonne : la fille la plus moche et la plus molle que l’on puisse imaginer. Par provocation, par bravade ou par rébellion, on ne sait trop, le prince décide d’épouser cet être à l’opposé de son monde, celui des apparences et des titres.

Une courte introduction nous prévient : cette pièce est participative. Eh oui, Yvonne, c’est nous, les spectateurs. Passé un bref instant de scepticisme amusé face à cette assertion, les premières scènes d’Yvonne princesse de Bourgogne annoncent un spectacle prometteur, inventif et drôle. Jusqu’à l’arrivée du personnage titre. Utilisant un procédé que nous ne dévoilerons pas, la troupe tient son engagement en déclenchant une empathie maximale entre la fiancée et la salle : nous sommes tous des Yvonne future princesse de Bourgogne.

Or la jeune femme est la risée des autres protagonistes de la pièce. Ils la moquent et l’humilient avec une cruauté qui les ravit. Longuement. Très longuement. Au point de l’inconfort total. Puisqu’Yvonne, c’est nous. On se dit d’abord que les personnages de la pièce sont des aristos imbus de leur propre importance et que l’on comprend la démonstration. Mais le jeu dure tant que l’on finit par en vouloir aux acteurs eux-mêmes de ne pas mettre un terme à cette exécution en règle. L’auditoire devient de plus en plus mal à l’aise, oscillant entre silence consterné et rires nerveux face à la violence de la scène dont ils sont prisonniers.

Le vain malaise

Même si la troupe revient à une théâtralisation plus classique par la suite, il est trop tard : l’antagonisme créé avec le public a été poussé si loin qu’elle a perdu le crédit que toute audience accorde tacitement aux comédiens. D’autant plus que le malaise ainsi généré n’est pas exploité. Provoquer ce type d’émotions chez les spectateurs, pourquoi pas, si cet état est ensuite utilisé pour apporter du sens, mais là, rien. Aucun mot ne sera mis sur ce qui s’est passé, aucune scène n’aidera à comprendre ce choix déstabilisant qui, au lieu d’aspirer le spectateur vers la pièce et son contenu, le repousse en l’écœurant.

C’est d’autant plus dommage que les comédiens font preuve d’une belle présence scénique et sont très investis. Ils arrivent à briller par instant, à parfois nous arracher un sourire, nous faisant d’autant plus regretter que la mise en scène ne nous ait pas laissés les aimer ne serait-ce qu’un petit peu. Certes, Witold Gombrowitz cherchait à bousculer les normes et l’on devine que c’est ce qu’avait en tête cette équipe en créant Yvonne princesse de Bourgogne. Mais en voulant trop appuyer sur l’horreur de la situation, cette version nous détourne complètement de son objet et nous laisse dans le vide.

Yvonne princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, mise en scène de Guillaume Bailliart et Mélanie Bourgeois, théâtre de La Cité internationale.
Avec : Jacques Bailliart, Mélanie Bestel, Georges Campagnac, Pierre-Jean Étienne, François Herpeux, Atsama Lafosse, Aurélie Pitrat, Aurélien Serre, Jean-Christophe Vermot-Gauchy.
Crédits photographiques : Émile Zeizig.

2 réflexions sur “Yvonne princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz – Les plaisanteries les plus courtes…

  1. Pièce très actuelle qui évoque toute la cruauté et la perversité de notre monde, un monde de rats qui élisent des chats en disant aimer les rats, un peuple qui adore l’Afrique et vote pour ceux qui la détruisent …

  2. Le malaise créé durant la pièce n’a peut-être pas besoin de trouver de résolution dans la mise en scène ou dans l’écriture mais ne pourrait-il pas trouver sa résolution dans la vie de chaque spectateur-acteur?

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