Belles-soeurs
Belles-Soeurs d’après Michel Tremblay – Bingo !

Jusqu’au 7 avril 2012, au théâtre du Rond-Point

En 1968, quinze comédiennes québécoises jouent pour la première fois Belles-Soeurs à Montréal. La pièce, qui traite de façon contrastée et humoristique de la condition féminine via des stéréotypes de femmes au foyer, est un succès immense. Belles-Soeurs va faire le tour de la planète, être produite plus de trois cents fois dans une vingtaine de langues différentes et avec un accueil enthousiaste jamais démenti. Pour cette énième adaptation, le metteur en scène René Richard Cyr prend la comédie sociale par les cornes pour la transformer en un musical d’une incroyable générosité. Véritable show made in Broadway, la causticité québécoise apporte à l’ensemble un vent de fraîcheur et de réflexion : la condition féminine est-elle encore à réinventer ?

Belles-Soeurs est un cadeau de noël offert en plein mois de mars. Un cadeau offert aux spectateurs aussi bien qu’à l’héroïne principale de la pièce, Germaine Lauzon, qui vient de gagner un million de timbres à coller dans des catalogues promotionnels. À elle, la vie de château (qui rime avec placards, tables et nouveaux carreaux), à nous l’énergie de ces quinze belles comédiennes (qui rime avec excès, rire et burlesque). L’ingénieuse mise en scène de René Richard Cyr doit presque tout à son casting exemplaire. Âgées de 20 à 90 ans, athlétiques et rondes, fragiles et fortes, les comédiennes de Belles-Soeurs célèbrent le sexe féminin dans ce qu’il a de plus éclaté et de plus riche. Cette pièce chorale procure la joie innée du beau jeu collectif. Rendue évidente dans les séquences musicales, la générosité de la pièce n’est jamais aussi forte que dans les chorégraphies de groupe. À la fois unique et multiple, la voix féminine est ici célébrée de façon ludique, authentique.

Chus tannée de m’ner une maudite vie plate

Le bagout des personnages est une partie de plaisir littéraire. Le français-québécois fourmille d’expressions aussi hilarantes que poétiques qui construisent une étonnante gouaille que n’aurait pas reniée Michel Audiard – avec une jupe et quelques aspirateurs en plus. Bien que simple, la construction dramatique de la pièce ne souffre d’aucune mollesse. L’intrigue est menée tambour battant. Seuls quelques temps morts sur la fin alourdissent la pièce inutilement. Volontairement populaire et accessible, Belles-Soeurs fait se côtoyer le grand divertissement (dans tout ce qu’il comporte de temps forts, de micro-intrigues et de pathos) avec un propos politique plus affirmé que ne le laisserait penser sa prétendue bonhomie de départ.

Présenter des femmes au foyer dont on pourrait juste se moquer, d’accord. Mais René Richard Cyr est plus malin que cela. Par le stéréotype, il donne à voir et à entendre la beauté de ces clichés de femmes. Cantonnées à des rôles prédéfinies qui font d’elles des bigottes, des langues de vipère, des classes moyennes et des femmes à machine à laver, Belles-soeurs utilise la caricature pour mieux la contourner. Au fond, ne sont-elles pas toutes des oiseaux dont on aurait brisé les ailes ?

Desperate Housewives, what else ?

À l’image de ses personnages, la pièce se révèle progressivement. De l’entertainment le plus basique, elle glisse progressivement vers une fin plus amère en redisant bien à quel point la condition féminine est encore et toujours à réinventer. Pourtant écrite dans les années 60, Belles-Soeurs reste d’une cuisante actualité. Maîtresses de leur destin, aux femmes de faire le choix de leur envol. Contre l’anesthésie du désir, une solution : la femme québécoise libérée. Enfin, presque…

Belles-Soeurs d’après Michel Tremblay, mis en scène par René Richard Cyr, au théâtre du Rond-Point.
Avec : Marie-Thérèse Fortin, Guylaine Tremblay, Maude Guérin, Hélène Major, Dominique Quesnel, Monique Richard, Edith Arvisais, Marie-Evelyne Baribeau, Sylvie ferlatte, Kathleen Fortin, Michelle Labonté, Suzanne Lemoine, Christiane Proulx, Maude Laperrière, Janine Sutto, Geneviève Alarie, Anka Rouleau et les musiciens Stéphane Aubin, Martin Marcotte, François Marion et Serge Arsenault.
Crédits photographiques : Valérie Remise.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *