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La Dame de la mer de Henrik Ibsen – Histoire d’eau

Jusqu’au 17 mars 2012, théâtre des Bouffes du Nord, puis en tournée

Celle que l’on appelle « la dame de la mer », c’est Ellida, la femme du Dr Wangel. Frappée d’une étrange mélancolie depuis trois ans, elle se sent irrésistiblement appelée par les flots où elle va se baigner tous les jours sans exception. Son mari se désespère de la voir ainsi et est prêt à tout pour retrouver son épouse qu’il sent peu à peu s’éloigner de lui. Il arrange même la visite de celui dont elle était amoureuse dans sa jeunesse, espérant que revoir cet homme du passé la sorte de son état. Mais, le médecin se trompe : celui qu’Ellida a un jour aimé et qui la hante n’est pas l’ancien précepteur de ses filles comme il l’a cru. Non, c’est un mystérieux étranger, un marin. Un homme de la mer.

Épaulé par le scénographe Matthieu Ferry, Claude Baqué a mis en place un univers où l’eau est omniprésente. Elle recouvre le plateau, accompagne de son clapotis chaque déplacement des comédiens et reflète implacablement tous leurs tourments. Elle s’infiltre, remonte le long des costumes, comme si elle absorbait les personnages, les alourdissait lentement pour mieux les avaler. Vient s’y ajouter lors des apparitions de l’étranger un rideau de pluie : il émerge de l’eau-tempête, semblant appartenir corps et âme à cet élément. C’est grand, beau, impressionnant. Parfois aussi un peu trop appuyé.

Une femme-enfant

La Dame de la mer parle de la lente éclosion vers la maturité, du deuil, mais aussi et surtout de la liberté de choix et du désir. Un cheminement et des émotions complexes, traités ici par Ibsen sur un mode dramatique mais néanmoins lumineux. Sous la direction de Claude Baqué, la relation entre le Dr Wangel  et Ellida semble bien paternaliste. La problématique du couple repose en partie sur le fait que la femme se refuse à son mari, mais son désir à lui, même s’il en parle, n’est pas tangible dans le jeu. En face, Ellida (interprétée par la chanteuse Camille, dont c’est le premier rôle au théâtre) dégage une énergie souvent enfantine, venant renforcer ce déplacement des rôles de mari/épouse à père/enfant. On devrait voir une femme déchirée, au bord de la folie, au prise avec la puissance de son sexe et des envies profondes qu’elle n’arrive pas à formuler, mais le personnage ne parvient pas vraiment à atteindre le statut d’adulte.

Le traitement des rôles secondaires se révèle plus réussi, notamment avec les personnages de Lyngstrand, malade ignorant la gravité de son mal et rêvant à ses succès futurs, ou des deux filles du premier mariage du Dr Wangel, tentant de survivre dans ce monde masculin plein de conventions qui les enserre au risque d’étouffer leur vitalité.

Un souci d’élégance et de beauté ressort de cette production, aussi bien à travers la scénographie et les lumières que les choix musicaux. Si l’on apprécie le travail de composition, l’ensemble n’échappe pas à une froideur presque mécanique. Un peu plus de feu sous la glace, ou en l’occurrence sous l’eau, aurait été bienvenu.

La Dame de la mer de Henrik Ibsen, mise en scène de Claude Baqué, théâtre des Bouffes du Nord.
Avec : Marion Bottollier, Camille, Ophélie Clavie, Didier Flamand, Nicolas Martel,  Nicolas Maury, Nicolas Struve.
Crédits photographiques : Artcomart.

Tournée :
– 20 mars 2012 : théâtre Simone Signoret, Conflans-Sainte-Honorine
– 22 mars 2012 : théâtre des Jacobins, Dinan
– 24 mars 2012 : théâtre en Dracénie, Draguignan
– 26 mars 2012 : théâtre de L’Olivier, Istres
– 28 mars 2012 : théâtre Jean Vilar, Bourgoin Jallieu
– 30 mars 2012 : théâtre de Chelles, Chelles

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