Jusqu’au 25 mars 2012, Maison de la poésie

Comment évoquer au théâtre les problèmes écologiques auxquels nous devons faire face sans tomber dans le didactisme ? C’est le défi que s’est lancé la compagnie du Dernier Soir avec Laissez-nous juste le temps de vous détruire. Le texte, malin, se pose la question par le biais de l’habitat, et plus particulièrement en auscultant les propriétaires de pavillons individuels, ces lieux où se cache la source du bonheur humain : le barbecue.

Dans un décor de maisonnettes vertes, les saynètes s’entrecroisent, bien vues et souvent drôles. On y découvre un monde de petits propriétaires. Certains s’isolent du reste du monde en entretenant avec soin la haie de leur jardin, comme un barrage entre eux et le réel. D’autres se cloîtrent à l’intérieur de leur maison, derrière un écran, vivant leurs émotions à travers des rencontres virtuelles, redoutant autant qu’ils la désirent la rencontre en chair et en os. D’autres, enfin, se jettent à corps perdu dans la lutte pour réduire leur empreinte carbone, quitte à ce que leur combat devienne une occupation à plein temps. Le constat est là : quel que soit son niveau de conscience et d’engagement, plus personne ne peut ignorer la question de l’environnement, que nous essayions de lui échapper, de le maîtriser ou de le sauver.

Prisonnier du système

Laissez-nous juste le temps de vous détruire pose la question à hauteur d’homme, au niveau du quotidien. Mais implacablement, le spectacle renvoie au fait que chacun d’entre nous est relié à un système global, complexe et terriblement frustrant. Un des personnages veut réduire sa consommation d’énergie et installe des ampoules basse consommation partout chez lui. Il est content, il a fait un geste pour sauver la planète. Pas du tout, lui rétorque une militante de l’habitat écolo : ces ampoules sont produites dans des conditions de production et avec des matériaux très mauvais pour l’environnement… Alors comment faire ? Bien sûr, la compagnie du Dernier Soir n’a pas la réponse, mais elle vient déverser du poil à gratter sur ces questions.

La mise en scène arrive à créer un univers cohérent malgré la structure morcelée du texte. On pourra regretter le ton distancié de la dernière scène qui, du coup, ne donne pas un point de vue clair à l’ensemble – finalement, est-ce le système ou les individus qui sont dénoncés ? Sans donner de réponse absolue, une prise de position plus marquée aurait rendu le tout plus fort. Laissez-nous juste le temps de vous détruire reste néanmoins un bon exemple de théâtre engagé : une création ancrée dans notre époque, qui interroge tout en divertissant.

Laissez-nous juste le temps de vous détruire d’Emmanuelle Pireyre, mise en scène de Myriam Marzouki, Maison de la poésie.
Avec : Johanna Korthals Altes, Stanislas Stanic, Pierre-Félix Gravière, Charline Grand.
Crédits photographiques : David Schaffer.

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