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Le Bourgeois gentilhomme de Molière – Jourdain dans ses plus beaux atours

Jusqu’au 21 juillet 2012, théâtre des Bouffes du Nord

Cette saison 2011-2012 aura été celle de M. Jourdain : après Marcel Maréchal et Catherine Hiegel, c’est à présent Denis Podalydès qui nous conte les aventures du célèbre bourgeois. Pourquoi une telle actualité ? Peut-être parce que ce nouveau riche tendance bling-bling, enthousiaste mais inculte, se voulant l’ami des puissants, n’est pas sans rappeler un récent président… Podalydès en présente une mise en scène intelligente et créative, célébrant tous les plaisirs de la scène.

Le prolifique et populaire Denis Podalydès a la chance d’avoir les moyens de ses ambitions. Des moyens qu’il a eu le discernement de mettre au service d’une vision artistique nourrie de sa gourmandise pour les arts de la scène. De la scénographie habile d’Éric Ruf aux riches costumes signés Christian Lacroix, en passant par les musiciens de l’Ensemble baroque de Limoges ou les excellents chanteurs solistes recrutés pour l’occasion, ce Bourgeois gentilhomme bénéficie de l’apport de pointures dans chaque domaine. Pari gagné, car le metteur en scène a su donner une cohérence à l’ensemble, offrant ainsi un superbe habillage à la pièce.

L’appétit du théâtre

Pour habiter cet écrin, il a sélectionné un casting de choix avec à sa tête Pascal Rénéric. Tout en naïveté et en emballements, il compose un M. Jourdain jouissif en diable. Faisant preuve d’une présence impeccable, le comédien joue avec appétit : il se régale des mots de Molière, s’amuse du moindre accessoire. Rebondissant avec aisance en fonction des réactions du public, il est habité d’une énergie et d’un plaisir de jeu irrésistibles.

Les talents pour lui donner la réplique ne manquent pas : l’irrespectueuse Nicole1, ses différents professeurs tous plus pédants les uns que les autres, l’excellent Covielle (le valet de Cléonte)… Les acteurs donnent vie à des personnages colorés et piquants qui servent à merveille le texte de Molière. La mise en scène se sort avec facilité de moments si connus qu’ils peuvent en devenir paralysants. La salle a beau les connaître par cœur, les tirades sur la prose et les beaux yeux de la marquise qui font mourir d’amour Jourdain emportent le rire grâce à une interprétation impeccable.

Leçon de mise en scène

Certains passages particulièrement réussis méritent à eux seuls le détour : l’hypnotisant ballet entre chanteurs et danseurs qui permet à Jourdain de littéralement se volatiliser sans laisser de trace, ou l’incroyable joute entre les couples Dorimène-Cléonte et Nicole-Covielle. Ces échanges entre amants offrent une leçon de mise en scène : tout en mouvement, à la limite de la danse et du jeu, leurs disputes et leurs réconciliations réinventent une ronde de l’amour étonnante. L’enchaînement avec la scène du « suicide » des deux hommes et sa triple répétition parfaitement assumée est un pur moment de bonheur théâtral.

Si la comédie est virevoltante, en montant la version intégrale avec les musiques de Lully, Podalydès s’autorise aussi à prendre parfois le temps. Le Bourgeois gentilhomme gagne alors en ampleur, révélant sa véritable ambition : au-delà de la farce, la pièce nous donne à voir et à entendre toute la finesse de la création artistique que Jourdain est incapable de saisir. Et ça, aucun Mamamouchi, si imbu de lui-même fût-il, ne pourra jamais nous empêcher de l’apprécier.

Le Bourgeois gentilhomme de Molière, mise en scène de Denis Podalydès, théâtre des Bouffes du Nord.

Avec : Isabelle Candelier, Julien Campani, Manon Combes, Bénédicte Guilbert, Manuel Le Lièvre, Francis Leplay, Hermann Marchand, Leslie Menu, Nicolas Orlando, Pascal Rénéric, Alexandre Steiger, Thibault Vinçon.
Danseuses : Kaori Ito, Artemis Stavridi, Jennifer Macavinta.
Chanteurs : Romain Champion, Cécile Granger, Marc Labonnette, Francisco Mañalich.
Musique : solistes de l’Ensemble Baroque de Limoges.
Crédits illustrations : photos de Pascal Victor/Artcomart, croquis de Christian Lacroix.

  1. Interprétée par Manon Combes, dont nous avions déjà apprécié en début de saison la composition dans Beaucoup de bruit pour rien mis en scène par Clément Poirée à La Tempête. []

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