18e Bastid’Art, du 3 au 5 août 2012 à Miramont-de-Guyenne (Lot-et-Garonne)

Depuis dix-huit ans, la commune de Miramont-de-Guyenne accueille le festival des arts de la rue Bastid’Art. Théâtre, cirque, danse, musique et autres créations moins définies circulent dans la bastide1 lot-et-garonnaise pour le plus grand plaisir des visiteurs. Rhinocéros a profité de ses vacances dans le Sud-Ouest pour rencontrer Thierry Jousseins, véritable passionné et directeur artistique du festival.

D’où est venue l’idée de Bastid’Art ?

Thierry Jousseins : Il n’y a pas de hasard. Miramont-de-Guyenne a une grande tradition circassienne : la ville a accueilli pendant des années les frères Court, créateurs du Zoo-Circus qui fut, fin XIXe et début XXe siècle, le plus grand cirque d’Europe, connu notamment pour sa ménagerie. Le local de l’association Bastid’Art est d’ailleurs situé sur l’emplacement de l’ancienne cage aux fauves. Autre grande famille du cirque a avoir fréquenté la commune, les Albertini, dont les techniques sont encore utilisées par les acrobates modernes. Rien d’étonnant donc si la ville possède encore aujourd’hui une école de cirque. Il y a quelques années, son directeur Pierre Villain organisait des classes vertes avec découvertes de la nature, du cirque, du canoë-kayak… Parmi les animateurs, on retrouvait beaucoup de circassiens, et les débriefings de soirée finissaient souvent en spectacles improvisés. Un samedi, l’idée a germé d’aller présenter tout ça directement dans la rue. Nous nous sommes donc installés sur la place de l’hôtel de ville, sans trop prévenir. Bien sûr la maréchaussée s’en est mêlée, mais l’idée était lancée, et nous sommes revenus les années suivantes. Puis la mairie a décidé de prendre tout ça en main, notamment Maryse Moutinard, qui a ouvert le festival sur l’extérieur. Quand elle s’est retirée de l’organisation il y a quatre ans, le festival a failli mourir. Avec une quinzaine d’amis, nous nous sommes réunis et, face à la concurrence déclarée des festivals alentours2, nous avons voulu envoyer un message fort. Nous avons donc annoncé une session avec deux fois plus de compagnies que l’année précédente… et nous avons réussi. Cette année, nous en avons trois fois plus.

C’est-à-dire quarante-sept compagnies circulant dans la ville. Comment choisissez-vous les spectacles ?

T. J. : À l’ancienne, en allant les voir. Je n’aime pas trop « faire mon marché » sur les autres festivals, du coup je cours beaucoup les résidences d’artistes pour repérer les petites compagnies prometteuses, dans le Sud-Ouest, en Espagne et à Paris. J’ai en outre tout un « réseau d’espions » à l’international : Italie, Portugal, Allemagne, Benelux, Israël, Amérique du Sud (Chili, Argentine), Afrique (Bénin, Côte-d’Ivoire, Cameroun)… l’an prochain nous proposerons d’ailleurs une journée « Afrique ». Ensuite, les compagnies que nous avons contribué à lancer nous envoient les jeunes artistes qu’elles rencontrent et estiment intéressants. Et bien sûr je reçois des candidatures spontanées, à peu près soixante à quatre-vingts par jour. Là, on trouve de tout, beaucoup s’imaginent que les arts de la rue sont faciles, et la multiplication de l’offre sature le marché. C’est entre autres la raison pour laquelle les grands festivals ne prennent plus de risques et restent sur des grosses compagnies, des valeurs sûres. Bastid’Art se permet, au contraire, de donner leur chance à des débutants. Ce qui ne signifie pas que nous n’avons pas des exigences de qualité.


Quels sont les critères de sélection ?

T. J. : Il faut que le spectacle ait été conçu pour la rue. J’ai déjà vu des pièces de théâtre formidables en salle devenir complètement plates une fois transposées dans la rue. Au-delà de l’espace à gérer, le public est fondamentalement différent : il n’est pas installé pour voir une pièce donnée, il est en attente, susceptible de partir à tout moment, de ne faire que passer. À Orange ou à Avignon, il y a du jeu en extérieur, mais les gens ont payé leur place, ce n’est pas le cas à Miramont ! Il faut capter leur attention en permanence. Je connais des metteurs en scène qui ont deux versions de leur pièce, une pour la salle et une pour la rue, avec des jeux d’acteur totalement différents. Pour ce qui est de la thématique 2012, je savais que ce serait une année d’élection et je m’attendais à des débats au ras des pâquerettes [bien vu, NDR], du coup je voulais que le festival soit l’occasion de s’élever un peu : nous avons beaucoup de spectacles d’escalade, de cordes molles, d’agrès montants…

18e Bastid’Art, festival international des arts de la rue, Miramont-de-Guyenne (47), du 3 au 5 août 2012.

1 Les bastides sont des villes occitanes organisées selon un système rectangulaire, les rues perpendiculaires entourant une place centrale. À Miramont-de-Guyenne, cette place est occupée par l’hôtel de ville et les artistes pérégrinent lors du festival d’un emplacement à l’autre le long des angles droits.

2 Les festivals d’arts de la rue ont fait florès dans le Sud-Ouest français. On compte notamment Mimos à Périgueux (Dordogne) et Fest’Arts à Libourne (Gironde), répartis respectivement une semaine avant et une semaine après celui de Miramont-de-Guyenne.

2 réflexions sur “Entretien avec Thierry Jousseins, organisateur de rue

  1. Merci Julien pour ton travail. Nous sommes tellement habitués à la médiocrité de nos correspondants de presse locaux. Merci pour l’authenticité et la transmition brute et vrai de l’info. Au plaisir de vous acceuillir de nouveau et avec du soleil cette fois ci . Thierry

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