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Les P’tits Molières : entretien avec Jérôme Tomray et Amandine Raiteux

Le buzz circule de plus en plus dans le milieu du théâtre parisien autour d’un nouveau projet : Les P’tits Molières. De quoi s’agit-il ? Une poignée de professionnels a décidé de lancer une remise de prix qui, loin des grosses productions célébrées au cours de la fameuse cérémonie des Molières, mettra en avant les spectacles présentés dans les petites salles parisiennes.

Pour tout savoir de leur démarche, Rhinocéros est allé rencontrer Jérôme Tomray1 et Amandine Raiteux2, respectivement président et vice-présidente de l’association Les P’tits Molières. Les organisateurs sont clairs : il ne s’agit pas de concurrencer, mais bien de proposer un complément à l’existant. L’initiative est séduisante – comme les deux comparses aiment à le répéter « parce que dans les petites salles, il y a aussi de grands spectacles ! »

Comment avez-vous eu l’idée des P’tits Molières ?
Jérôme Tomray : J’avais monté un spectacle, La Cuisine d’Elvis de Lee Hall, que j’ai joué au théâtre Pixel en 2010-2011. À la même période, il y avait une autre version de cette pièce qui se jouait aux Déchargeurs. Une autre version qui, elle, a été rendue éligible pour Les Molières. Je me suis dit : pourquoi ne pas créer une cérémonie à laquelle nous pourrions avoir droit ? Une remise de prix pour les salles de moins de cent places ? Car pour les compagnies, les comédiens et les metteurs en scène qui y jouent, il n’y a pas d’accès possible aux grands réseaux.
Amandine Raiteux : Sur le principe, tous les spectacles parisiens sont éligibles pour Les Molières. Dans les faits, c’est plus compliqué : il y a de nombreuses règles plus ou moins connues. Entre autres, le chiffre de recettes annuelles est pris en compte, or avec une petite salle, si les places ne sont pas vendues à cinquante euros, il est difficile d’entrer dans la compétition.
J. T. : Les P’tits Molières permettent aussi de fédérer les petites salles…
A. R. : … dans un réseau d’entraide et de soutien.

Quelles réactions ont eu les professionnels lorsque vous leur avez parlé de votre projet ?
J. T. : J’en ai parlé à Alexandra Gobillot, la co-directrice du Pixel, à mon assistante Marine et à Amandine, puis à d’autres personnes qui m’ont toutes répondu : « C’est génial ! »
A. R. : Après, vous pouvez le constater sur la liste du jury3, des professions très différentes sont représentées : des régisseurs lumière, des journalistes, des comédiens, des metteurs en scène, des auteurs, des étudiants en théâtre… Et puis bien sûr, notre président d’honneur, Patrick Haudecoeur4 : il s’est emballé pour l’idée car lui-même a démarré très modestement.
J. T. : Nous espérons que Les P’tits Molières vont aider à pérenniser les spectacles des petites compagnies, car souvent les pièces sont très vite abandonnées par faute d’argent, même si elles sont de qualité. La cérémonie permettra de remettre des prix pour les aider : le théâtre du Verbe fou à Avignon offre une programmation gratuite pour le festival en 2014, Billet Réduc offre une bannière de publicité, Panavision met à disposition le matériel nécessaire à la captation d’une pièce, le photographe Dominique Desrue offre un book professionnel, la Comédie Tour Eiffel et nous-mêmes, au Pixel, nous proposons des créneaux gratuits… Nous le faisons tous par conviction : ce sont des vrais partenariats, sans enjeu financier.

Comment ont été sélectionnés les théâtres participant ?
J. T. : Il y a une quinzaine de théâtres affiliés aux P’tits Molières ayant signé notre charte. C’est un gage de qualité : ce sont des théâtres qui auditionnent les spectacles qu’ils programment, qui accompagnent les compagnies.
A. R. : Nous nous sommes donné des règles d’accueil, aussi bien vis-à-vis des compagnies que du public : avoir des fauteuils confortables, des loges saines pour les comédiens, etc.

Qui décide de l’éligibilité des pièces pour concourir aux P’tits Molières ?
J. T. : Ce sont les théâtres affiliés. Ils proposent chacun un maximum de cinq spectacles pour la saison, du 1er septembre 2012 au 31 août 2013.
A. R. : Nous avons fixé un critère de programmation : chaque spectacle proposé doit être joué soit vingt dates en tout, soit quatorze dates sur sept semaines, pour donner une chance à la production d’exister (Ndr : il n’est pas rare de voir les petites compagnies être programmées sur une période très courte ou à des dates très éparpillées, ce qui ne facilite pas l’exploitation d’une pièce.).

Comment les spectateurs pourront-ils voter pour le prix du public ?
J. T. : Le prix du public s’organise en partenariat avec Billet Réduc. Les spectateurs voulant voir une pièce éligible réserveront leurs places via le site et, ensuite, une fois la représentation passée, ils pourront s’ils le souhaitent laisser un avis et voter sur le site.

Quand aura lieu la première cérémonie ?
J. T. : Le 18 ou le 25 novembre 2013, ce sera bientôt confirmé.

Comme pour Les Molières ou Les Césars, y aura-t-il des trophées P’tits Molières ?
A. R. : On y songe ! Nous avons envie de solliciter différents plasticiens ou sculpteurs d’une année sur l’autre, afin de renouveler le trophée pour chaque cérémonie. Ce serait une autre occasion de promouvoir un artiste.
J. T. : Nous lançons donc un appel aux plasticiens et sculpteurs prêts à collaborer avec nous. Généreusement et… talentueusement !

Crédits photographiques : Dominique Desrues et Les P’tits Molières.

  1. Jérôme Tomray est le directeur artistique du théâtre Pixel. []
  2. Amandine Raiteux est comédienne et metteure en scène. []
  3. La liste des membres du jury est consultable sur le site des P’tits Molières. []
  4. Comédien, auteur et metteur en scène, Patrick Haudecoeur a rencontré un grand succès public avec sa pièce Thé à la menthe ou t’es citron ? qui a remporté le Molière de la pièce comique en 2011. []

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