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Memories From The Missing Room de Marc Lainé – Paris/Texas

Jusqu’au 7 octobre 2012, au théâtre de la Bastille

Les États-Unis font et feront toujours rêver. Nombreux sont artistes qui ont tenté d’élucider ses mystères. Aux frontières du fantasme, Memories From The Missing Room évoque certaines routes sinueuses à la Wim Wenders ou certaines séquences hystériques à la Quentin Tarantino. Volontairement référencée, la pièce fait appel aux clichés et à la grande part de chimère qui accompagne les USA.

Pour percer le secret des motels en plein désert, le metteur en scène Marc Lainé fait appel à des Français : le groupe rock-folk Moriarty (à moitié français, à demi américain) et le dessinateur de bande-dessinée Philippe Dupuy. En associant théâtre, chanson et dessin, ce drôle de spectacle croise les arts en espérant les mélanger. Parfois réussie et souvent déconcertante, cette mayonnaise quasi cinématographique manque de liant. La saveur existe pour chacun des arts mais l’ensemble du plat s’équilibre maladroitement.

Il faut une bonne demi-heure avant de comprendre ce qu’il se passe réellement sur le plateau du théâtre de la Bastille. Trois personnages paraissent rejouer la même scène perpétuellement. Et pourtant, cette scène n’est jamais exactement la même. Si les relations entre les personnages ne diffèrent pas, leurs actions divergent. Un seul point commun apparaît entre ces multiples variations : cela finit toujours mal. Au revolver, à la hache, à l’oreiller ou dans un barbecue de flammes, nos héros clôturent inéluctablement chaque séquence dans le sang. Cet exercice de style permet aux trois comédiens de jouer sur différents registres. La création lumière conçue par Kelig Le Bars se pose tel un voile sur ces saynètes éclatées et leur donne toute leur dimension mystérieuse voire farfelue. Le metteur en scène Marc Lainé sait distiller des morceaux de rêve. Le mariage des chansons de Moriarty avec certaines scènes théâtrales donnent le sentiment d’être projetés dans des films bien connus des mémoires cinéphiles. Les héros de David Lynch traînent au détour d’un baiser. La désolation des grands espaces rappelle Jim Jarmusch. Quant au désordre meurtrier ambiant, il invoque forcément le souvenir barré de Pulp Fiction. De l’ensemble se dégage une atmosphère absurde – et so far far away.

Ce jeu de références ne plombe pas le spectacle. Au contraire, cela lui permet d’être une fenêtre ouverte sur la grande mythologie américaine – portée aux nues en grande partie grâce au septième art. Mais là où le cinéma ne souffre d’aucune difficulté à combiner les genres, le théâtre lui se cherche. L’ingénieuse idée d’un plateau tournant faisant apparaître et disparaître le groupe Moriarty sur scène a du bon. Mais si la conclusion de Memories From The Missing Room crée une interaction directe entre les comédiens et les musiciens, le reste du temps les uns et les autres jouent des partitions différentes sans échange. Ce manque de dialogue frontal nuit à l’unité onirique de la pièce. Au théâtre, toute machinerie ou effet se voit. C’est le principe. Pourquoi alors ne pas placer Moriarty sur scène en permanence ? De la même façon, Philippe Dupuy, en dehors du plateau, possède un pied sur scène (par l’intervention de ses dessins sur les murs du motel) et un pied en dehors.

Se crée un immense soulagement quand tout ce petit monde se retrouve réuni au milieu du plateau à la toute fin du spectacle. Enfin, le cinéma est à l’œuvre de façon théâtrale. Philippe Dupuy enflamme ses dessins sous une caméra (qui retransmet en direct l’incendie sur la scène) tandis que musiciens et comédiens s’affrontent. Le montage au théâtre, cela se voit : et c’est cela justement que l’on veut voir.

Memories From The Missing Room écrit et mis en scène par Marc Lainé, au théâtre de la Bastille.
Avec : Moriarty, Philippe Dupuy, Geoffrey Carey, Priscilla Bescond et Philippe Smith.
Crédits photographiques : Huma Rosentalski et Stephen Zimmerli.

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