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Le Retour de Harold Pinter

Corps familial

Jusqu’au 23 décembre 2012, au théâtre de l’Odéon

Pour sa première mise en scène au théâtre de l’Odéon en tant que directeur, Luc Bondy a choisi un auteur exigeant : Harold Pinter. Prix Nobel de littérature, l’homme a pondu une œuvre mystérieuse où les non-dits tiennent lieu de discussion. Théâtre intense et clinique, l’univers de l’écrivain anglais nécessite qu’on l’empoigne à bras-le-corps, sans concession. Le Retour ne fait pas défaut à cet univers inquiétant. Revenu des États-Unis pour un voyage en Europe, Teddy retrouve son père et ses frères qu’il n’a pas vus depuis six ans. Accompagné de sa plantureuse femme, il s’engage dans des retrouvailles perdues d’avance. Le temps peut passer, les violences, elles, subsistent…

Harold Pinter aime les intérieurs. Dans ses maisons se nouent et se dénouent des relations malades entre des êtres atteints. Luc Bondy décide de ne rien dissimuler. Naturalistes, les décors reproduisent le salon et la cuisine d’une véritable demeure. Tous les détails s’y trouvent. Le souci de réalisme domine. L’enjeu réside bien dans la vérité. Rien n’échappe à cette vigilante reconstitution. Les moquettes sont sales, les canettes écrasées, les stores mal relevés. La direction d’acteurs elle-même cherche une forme de vérité sans concession. Tout au plus Micha Lescot, fou de son corps et libre de ses paroles, donne-t-il à son personnage une dimension décalée profondément réjouissante. Si les scènes en duo fonctionnent plutôt bien, celles de groupe ne s’épanouissent pas. À la limite de l’exagération, Louis Garrel et Bruno Ganz dissonent avec les prestations plus discrètes mais subtiles de Pascal Greggory et Jérome Kircher. Quant à Emmanuelle Seigner, difficile de s’émerveiller d’un personnage qui, malgré son aspect féministe revendiqué par l’auteur, prend davantage des attitudes de faire-valoir sur le plateau.

Corps et réalisme

Face à ce manque de coordination générale, le virage dramatique final se prend les pieds dans le tapis. Comment croire à l’ultime tension dramatique ? En demi-teinte, les relations entre les personnages souffrent de mollesse. Difficile d’être percutés quand la violence tremblote. Les séquences de lutte physique entre le père et ses fils en attestent. Un peu ridicules et mal chorégraphiées, elles retirent à la pièce une bonne dose de crédibilité. La croyance tant souhaitée en un réalisme abrupte se heurte à des maladresses physiques malvenues. Les corps semblent encombrés d’eux-mêmes et alors légèrement caricaturaux.

Luc Bondy ne démérite pas pour autant. Les scènes se suivent avec fluidité et quelques moments de grâce mettent en avant une direction d’acteurs réfléchie. Mais à l’Odéon, scène nationale française, on est en droit d’attendre un peu plus de folie créative et un peu moins de sagesse. À vrai dire, ce Retour-là nous embourgeoise plus qu’il ne nous secoue.

Le Retour de Harold Pinter, mis en scène par Luc Bondy, au théâtre de l’Odéon.
Avec : Bruno Ganz, Louis Garrel, Pascal Greggory, Jérôme Kircher, Micha Lescot et Emmanuelle Seigner.
Crédits photographiques : Ruth Walz.

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