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Modèles de Pauline Bureau

On ne naît pas femme

Jusqu’au 10 novembre 2012, au théâtre du Rond-Point

Le féminisme serait-il un sujet éculé ? À en juger par la nouvelle mise en scène de Pauline Bureau, il demeure d’une criante actualité. Liant finement l’intime à la place publique, Modèles se construit sur des bribes. Extraits d’interview, séquences chantées, monologues (véridiques ?), la part belle est donnée à la multiplication des supports et des paroles. En résulte une pièce joyeuse et émouvante qui, sous couvert de poing levé, interroge plus qu’elle n’accuse. On ne naît pas femme…

…on le devient. La célèbre formule de Simone de Beauvoir trouve ici des échos éparpillés. Issue d’un long travail d’improvisations et de recherches, l’écriture de Modèles ouvre de multiples horizons. La théorie et la pratique se côtoient avec subtilité. Les pensées de Virginie Despentes, Pierre Bourdieu et Marguerite Duras se vocalisent à l’intérieur d’un plateau de radio situé en fond de scène. L’illustration de ces propos, elle, se donne plutôt à voir et à entendre sur le devant du plateau nu. Quelques accessoires symboliques font parfois leur apparition : un balai, une baignoire, une cuisine… La femme serait la garante du foyer et des petits tracas psychologiques. Pauline Bureau les replace au centre de l’agora.

(Re)Définir son sexe

Vivantes, drôles, révoltées, les cinq comédiennes de Modèles nous en font voir de toutes les couleurs. Sans que cela soit réellement confirmé, on se doute que ce sont bien leurs expériences personnelles, en grande partie, qu’elles nous racontent. Histoires de sang et d’enfants, d’aventure et d’attente, la structure de la pièce appelle à la complexité. Tout en nuances, la guerre y est déclarée à la société. À cet égard, la séquence de la cuisine restera dans les mémoires. La drôlissime Laure Calamy y rejoue trois fois la même séquence d’une mère débordée entre ses placards, ses courgettes et ses dossiers. Plus la séquence se rejoue, plus son personnage sombre. La rupture est proche. Comment concilier ses envies, les codes imposés par la société et ceux que les femmes s’imposent à elles-mêmes ? Ni putes ni princesses ni mères ni soumises ni libérées (voire un peu tout cela en même temps), comment se défaire des appellations pour mieux se définir ?

L’émancipation féminine passe par la réflexion. Souvent mal utilisée au théâtre, l’installation vidéo qui retranscrit les interviews trouve ici du sens. En gros plan, les interviewées y sont scrutées et magnifiées. Leur parole libre se mue en une parole intime et inversement. La radio devient l’espace public où les femmes peuvent s’exprimer. Au passage, on saura gré à la metteuse en scène de ne pas s’en prendre à la gente masculine et de faire preuve de nuance. Plus qu’à un sexe, c’est à une malsaine assignation des pouvoirs et des genres auxquels le spectacle s’en prend. Entre clichés poupoupidou et stéréotypes de femme au foyer, la pièce réclame une révolution tranquille : celle du choix d’être ce qu’on veut sans que la société nous contraigne. À quand une pièce où les hommes s’interrogeraient sur la virilité ?

Modèles, écriture collective, mis en scène par Pauline Bureau, au théâtre du Rond-Point.
Avec : Sabrina Baldassarra, Laure Calamy, Sonia Floire, Gaëlle Haussermann, Marie Nicolle et Vincent Hulot (musicien).
Crédits photographiques : Giovanni Cittadini Cesi.

5 réflexions sur “Modèles de Pauline Bureau

On ne naît pas femme

  1. je l’avais vu à Montreuil et j’avais été un peu étonnée par ces réflexions qui ont à peine évolué depuis les années 1970. A croire que peu de choses ont changé….

  2. Pour ma part, je suis sidérée des quelques mots de marsupilamima,qui est sûrement un martien (ou qui sait, une martinne), et n’a pas fréquenté cette planète depuis fort longtemps! je suis une femme, j’avais 20 ans en 1970, j’en ai plus de 60 aujourd’hui, j’ai travaillé 40 ans, j’ai un mari, des enfants, et en effet les choses n’ont pas beaucoup changé, hélas! comment ne pas s’en être aperçu? ce spectacle, tout à la fois drôle, voire burlesque dna sson traitement , et pathétique dans sa vérité, est revigorant, il est en effet subtilement nuancé, c’est du féminisme « new look », et je dois dire que je me suis régalée, jubilation salutaire…A recommander à toutes les femmes, et à…toute la « gent masculine ».

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