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Peau d’âne d’après Charles Perrault

Papa a tort

Jusqu’au 4 décembre 2012, à la MC93 Bobigny

Dans l’impitoyable royaume des contes, les princesses sont emprisonnées et les enfants abandonnés. Adieu, soleil ! Bonjour, terreur ! Prenez Peau d’âne : une jeune fille menacée d’inceste par son père le roi se voit contrainte, pour lui échapper, de vivre à l’état animal dans la forêt. Comment évoquer un tabou sans virer au mélodrame ? Le metteur en scène Jean-Michel Rabeux a de la suite dans les idées. Sous couvert d’humour et en traitant ses personnages avec allégorie, il parvient à nous faire passer des horreurs pour des blagues – sans oublier de faire croustiller la morale.

Pour dire l’inacceptable, il vaut mieux en rire. En prenant le chemin de la comédie, Peau d’âne se libère d’une intrigue pour le moins lourde. Grâce à la présence d’une marraine, la fée irrésistible, la pièce négocie dès son entrée une distanciation nécessaire. En effet, pour ne pas sombrer, Rabeux préfère susciter le rire et l’inquiétude plutôt que l’angoisse. Un traitement utilisé systématiquement pour chacune des saynètes difficiles de l’histoire. Quand la reine meurt, on sourit de sa vanité. Lorsque la princesse revêt sa peau de bête, on rit de sa transformation. Pour résumer, pas une scène n’existe sans que Rabeux cultive à la fois le premier degré (émouvant) et le second degré ironique (libérateur). Par ce tour de passe-passe, la pièce soulage.

À cet égard, la direction d’acteurs nous montre toute sa singularité. Les personnages possèdent une forte dimension allégorique. Le jeu des comédiens, les mouvements très stylisés, les voix caractérisées, affichent une volonté farouche du « faire semblant » et « jouer à ». Cette directive permet d’échapper à la caricature trop poussée de certains stéréotypes (le roi méchant, la princesse naïve, la fée maligne). En faisant semblant, tous peuvent jouer symboliquement avec la malle à déguisements du grenier pour enrichir et détourner les évidences. Avec son côté bric-à-brac, le décor souligne également cet enthousiasme de l’invention.

En ne se prenant pas au sérieux, Peau d’âne détourne notre attention pour mieux la susciter. Derrière l’éclat de rire, Rabeux nous rappelle à juste titre que la princesse reste une enfant et le roi un mari en deuil. La complexité de l’histoire n’échappe pas aux plus jeunes. En cultivant l’intelligence et le festif, Jean-Michel Rabeux est un brillant conteur-filou. Tout est résumé dans la morale finale : « Il faut obéir à son papa… mais pas à tous les coups. » CQFD.

Peau d’âne d’après Charles Perrault, mis en scène par Jean-Michel Rabeux, à la MC93 Bobigny.
Avec : Aurélia Arto, Hugo Dillon et Christophe Sauger.
Crédits photographiques : Ronan Thenadey.


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