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Par hasard et pas rasé de Camille Grandville et Philippe Duquesne

Cadavre exquis

Jusqu’au 19 janvier 2013, au théâtre Le Monfort

Réaménagée à l’occasion de Par hasard et pas rasé, la grande salle du théâtre Le Monfort prend des airs de cabaret d’antan. Bienvenue à la belle époque de Gainsbourg, celle du jazz qui pianote et du dandysme pop ! Ce spectacle hommage, entre concert et théâtre, met en scène un orchestre de province chargé de s’attaquer au répertoire de l’homme à tête de chou. Le comédien Philippe Duquesne y glisse progressivement de son personnage du chanteur Francky vers celui de Gainsbourg. L’ensemble possède un charme indéniable et une énergie communicative mais déçoit aussi par son manque d’audace.

Ils sont tous réunis pour chanter Gainsbarre : le leader, les musiciens, les choristes. Tous, avec leurs problèmes et leurs névroses, regroupés sur le plateau pour donner à entendre le Serge cuvée sixties et seventies. Quel plaisir de réécouter tous ces tubes moins connus du grand public (L’Ami cahouète, Sensuelle et sans suite, La poupée qui fait…) qu’à l’évidence Philippe Duquesne se réjouit à interpréter. Pas d’innovation particulière, les chansons se succèdent comme au souvenir du bon vieux Gainsbourg – fidèles à eux-mêmes.

Tout au long du spectacle a lieu une légère intrigue autour de l’orchestre de Francky. Il y est question des amours déçues du chanteur, du retard des choristes, de la joie alcoolisée des musiciens… La banalité de ces histoires rejoint le génie de Gainsbourg pour tenter divers parallèles. Ainsi, lorsque Philippe Duquesne chante Je suis venu te dire que je m’en vais apparaît en vidéo en fond de scène Yolande Moreau, la complice de toujours1, qui dépose des fleurs sur une tombe. Pourquoi ? Ce désir de créer une intrigue théâtrale pour ne pas se cantonner au seul hommage du chansonnier ne fait pas mouche. Trop pauvres, pas assez ambitieuses, les séquences jouées n’apportent au spectacle que des intermèdes en demi-teinte pour mieux ensuite reprendre la musique.

Variations sur Marilou

Le génie de Gainsbourg et la fulgurance de sa poésie méritent un spectacle audacieux. Par hasard et pas rasé prend le parti de la simplicité. Il ne s’agit pas tant ici de s’interroger sur l’œuvre que d’approcher ses chansons avec humilité. À ce petit jeu, Philippe Duquesne excelle. Sans chercher à ressembler à Serge Gainsbourg, il le devient inévitablement et avec superbe. Ses rencontres avec Brigitte Bardot et Jane Birkin (ici jouée avec amusement et fraîcheur par les choristes-comédiennes Célia Catalifo et Adeline Walter) font fusionner l’image culte et l’approche sensible. Et si le spectacle manque de culot, on lui reconnaîtra cependant son merveilleux final, dense et cru, frénétique et enivrant. Philippe Duquesne semble en osmose avec la verve gainsbourienne : « Dans la nuit bleue lavasse – De sa paire de Levi’s – Arrivée au pubis – De son sexe corail – Écartant la corolle – Prise au bord du calice – De Vertigo Alice – S’enfonce jusqu’à l’os – Au pays des malices – De Lewis Caroll. » Un grand moment de théâtre et de poésie.

Par hasard et pas rasé écrit et mis en scène par Camille Grandville et Philippe Duquesne, au théâtre Le Monfort.
Avec : Philippe Duquesne, Célia Catalifo (en alternance avec Valentine Carette), Adeline Walter et les musiciens Joël Bouquet, Patrice Soler et Guillaume Arbonville.
Crédits photographiques : Alain Dalmasso.


  1. Philippe Duquesne et Yolande Moreau ont tous deux fait partie de la fine équipe des Deschiens. []

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