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Van Gogh autoportrait de Jean O’Cottrell

La tristesse durera toujours

Jusqu’au 3 janvier 2013, au théâtre de Belleville

Du jaune citron, il naîtra. Vincent Van Gogh s’est réveillé dans la couleur pour n’en jamais ressortir. Après avoir inspiré de nombreux auteurs (à la barre : Maurice Pialat, Antonin Artaud…) qui voyaient en lui la figure de l’artiste absolu, c’est au tour de Jean O’Cottrell de nous rendre sa copie sur le sujet. La simplicité de la mise en scène et de la scénographie séduira autant les uns qu’il indifférera les autres. À l’image du peintre, la pièce se fiche de plaire. Seule compte l’exigence de l’art, sa mortelle folie et ses nuances qu’on éclaire à la lueur de bougies.

La complexité de Vincent Van Gogh se résume à quelques accessoires épars : une chaise de paille, un chevalet, quelques iris… Qu’a été la vie du peintre sinon un décor d’infortune pour une âme éclatée ? Le metteur en scène et comédien Jean O’Cottrell saisit le génie dans sa simplicité. À travers notamment ses échanges épistolaires avec son frère Théo, Van Gogh apparaît comme bien plus éclairé sur lui-même que l’image complètement braque qu’on cherche trop souvent à lui donner.

Féru de travail jusqu’à l’obsession, Van Gogh peint comme d’autres aiment, à en étouffer. La partition du comédien rend compte de la folie/raison du peintre avec finesse. Le chantonnement peut se transformer en une litanie sanguine et la réflexion sur l’art s’avérer d’un calme serein. La pièce prend le parti d’éviter toute complaisance. Multiple, l’homme n’a de contradictoire que le regard réducteur porté sur lui.

La rudesse de la pièce tient à ce ce qu’elle ne profite jamais de la folie du peintre pour tirer à elle l’émotion. Van Gogh autoportrait refuse le compromis cathartique. Il ne s’agit pas ici de donner corps au peintre impressionniste mais bien d’en sentir l’âme. En cela, Jean O’Cottrell ne se sert jamais de son rôle pour se libérer de ses pulsions. Son contrôle intelligent pourra enchanter comme laisser perplexe. En ne cherchant pas l’image poignante, la phrase marquante ou le geste sublime, la pièce laisse les spectateurs désemparés – donc libres. Seule la séquence finale où Van Gogh, dans le noir, nous apparaît avec son chapeau couvert de bougies, se teinte, par la musique et la beauté du tableau, d’un lyrisme et d’une poésie presque inattendus. Sans doute pourra-t-on y lire la figure du peintre transcendé par l’icône. Enlevez le vernis, il restera l’homme. Et la tristesse, toujours1.

Van Gogh autoportrait écrit et mis en scène par Jean O’Cottrell, au théâtre de Belleville.
Avec : Jean O’Cottrell.
Crédits photographiques : D.R.

  1. À sa mort, Van Gogh aurait, paraît-il, dit cette phrase prophétique : « La tristesse durera toujours. » Mythe ou vérité ? Personne ne sait. []

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