Cela faisait un an que la prestigieuse salle de la Comédie-Française était fermée au public. Si le désormais célèbre Théâtre éphémère a plus que rempli son rôle d’ersatz, c’est avec une fierté sensible que l’institution rouvre les portes de la salle Richelieu, refaite à neuf dans un esprit plus proche du XIXe siècle, et surtout une acoustique retravaillée de fond en comble.

Pourtant, si la salle a été fermée à l’origine, c’est pour des raisons beaucoup plus prosaïques : tout le système de climatisation du bâtiment devait être refait à neuf ; le dôme, clos et couvert, appelait une rénovation ; les nouvelles normes d’accessibilité imposaient l’installation d’un ascenseur, étape toujours délicate dans un monument historique… L’année 2012 s’annonçait donc comme une année entière de travaux, financés par le ministère de la Culture et de la Communication à hauteur de 12,6 millions d’euros. La somme comprenait également la construction du fameux Théâtre éphémère, grande structure en bois dans les jardins du Palais-Royal tout proches, où les pièces ont été données toute l’année.

Un violoncelle bourré de coton

L’idée a alors germé : quitte à fermer les locaux pour un an, pourquoi ne pas en profiter pour les rénover aussi sur le plan artistique ? D’autant que depuis sa création en 1786 par Victor Louis, la salle néoclassique a subi au fil du temps de nombreuses réfections, destructions, modifications qui en ont étouffé l’acoustique. Nombreux sont les spectateurs à avoir constaté l’existence de « trous » sonores dans certaines zones, un comble dans un lieu aussi emblématique ! Christophe Bottineau, architecte en chef des Monuments historiques, explique le phénomène : « À l’époque de Victor Louis, les salles étaient conçues comme des instruments de musique, de grandes conques en bois, à la manière d’un violoncelle. » Seulement à force d’embourgeoisement, de taffetas, de velours et de moquettes destinés à augmenter le confort du spectateur (sans compter le béton ajouté en 1970 pour la protection au feu), on a peu à peu « bourré le violoncelle de coton ».

Financés par le mécénat (1,4 million d’euros), les travaux ont été drastiques : retrait de la moquette, remplacée par un beau parquet sombre ; habillage des dos de siège en bois ; ajout de « portes feintes » sur les murs latéraux, qui rappellent les anciennes portes des loges et apportent de salutaires surfaces de réverbération. Résultat, ainsi que le commente Muriel Mayette, administratrice générale, « la salle sonne comme l’Odéon ». Sans compter qu’esthétiquement, elle a retrouvé les beaux tons blancs, rouges et or typiques du XIXe siècle, soulignant son côté théâtre à l’italienne.

Pari gagné donc, puisque les travaux se sont achevés dans les temps pour la première de Troïlus et Cressida le 28 janvier. Si les échafaudages de la façade persisteront encore un petit semestre sur la place Colette, le plus gros est fait et c’est bientôt au Théâtre éphémère qu’il faudra dire adieu. Ou au revoir, qui sait ? Des discussions concernant son rachat par d’autres collectivités sont en cours. Il serait en effet dommage de se priver d’un tel instrument, qui en l’espace d’une année a su si bien conquérir les cœurs du public parisien (270 000 personnes en ont usé les bancs en 2012). Espérons que la nouvelle salle Richelieu saura maintenir l’attrait que son remplaçant avait su générer.

Crédits photographiques : Julien Meyrat, Cosimo Mirco Magliocca, coll. Comédie-Française.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *