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La Réunification des deux Corées de Joël Pommerat

À nos amours

Jusqu’au 3 mars 2013, au théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier)

Pour sa nouvelle création en partenariat avec le théâtre de l’Odéon, Joël Pommerat retourne à ses pièces d’antan. Proche dans sa construction dramatique de Je tremble et Cercles/Fictions, La Réunification des deux Corées déploie un kaléidoscope de courtes situations autour du thème amoureux. Complexe et mise en scène selon de subtiles associations, comme dans un rêve (ou un cauchemar), la pièce trouble et imprime ses drôles d’histoires pour (re)créer une mythologie de l’amour. Mais si le goût de déjà-vu de l’ensemble n’empêche pas l’appréciation de la pièce, il n’en demeure pas moins que le metteur en scène, obsessionnel, peine à nous surprendre. Joël Pommerat singe-t-il son propre travail ou, au contraire, le précise-t-il jusqu’à la perfection ?

Identifiable : voilà le premier mot qui vient à l’esprit. Superbe scénographie d’Éric Soyer dont les lumières semblent travaillées selon une partition quasi musicale, galerie de comédiens subtils navigant entre réalisme et folie, saynètes singulières à l’écriture fine et frappée : que demander de plus ? Joël Pommerat possède sa façon. Impossible d’attribuer La Réunification des deux Corées à un autre. Cette patte bien à lui réjouit toujours. Il se trouve dans les spectacles du metteur en scène un équilibre malade entre le fantasme et la réalité qui font, de plus en plus, osciller les spectateurs et les comédiens sur un fil ténu, le vide au-dessous mais la légèreté et la grâce, toujours, par-dessus.

Parler d’amour chez Pommerat revient à présenter une foule de personnages étranges et pourtant si proches. Les situations exposées frôlent le borderline. Il est question d’amour et cependant le sentiment paraît ici infesté d’on-ne-sait quel virus déglingué qui transforme les rapports humains en relations bizarre, illuminées. S’aime-t-on lorsque l’un des deux ne se souvient pas de l’autre ? S’aime-t-on lorsqu’on est un adulte et un enfant ? S’aime-t-on si l’un est vivant et l’autre mort ? Autant d’approches émouvantes voire dérangeantes qui placent l’écriture de Pommerat du côté des points de suspension : à chacun de faire son propre poème de ces vers éparses.

En multipliant les rôles, la pièce rend interchangeables les comédiens caméléons. Tout en unifiant les personnages par cette valse des corps, l’œuvre les rend également solitaires, dévorés par leurs propres démons. L’espace scénique, situé dans un long corridor de jeu central, entouré par deux estrades latérales de spectateurs, tend lui aussi à séparer les êtres et à spatialiser les sentiments, le temps… En diversifiant les points de vue sur le plateau en fonction de sa place, Pommerat poursuit sa réflexion sur la participation imaginaire du public.

« L’amour, ça ne suffit pas »

La Réunification des deux Corées éclate ses récits pour mieux peindre les infinies possibilités du sentiment amoureux. En cela, la pièce s’éloigne de l’adaptation des contes de Grimm, Perrault et Collodi auxquels Joël Pommerat a consacré beaucoup de temps ces dernières années. Ce retour à la fragmentation scénique ne convainc pas tout à fait et la récurrence de symboles déjà appréciés auparavant (la fête foraine, la transe, le cabaret…) laissent songeur. Le metteur en scène ne prend pas de risques particuliers et mène sa barque tranquillement. Pas de surprises donc et peu de coups de poing visuels (là où Pinocchio, par exemple, déployait une scénographie enjouée et ludique), tout au plus serons-nous interpelés par le travail musical entrepris par François, Grégoire et Antonin Leymarie dont les juxtapositions et échos sonores lient les saynètes avec l’élégance de l’inquiétude. Moins inspiré, Pommerat contente sans créer le débat. On l’aura connu plus téméraire

La Réunification des deux Corées, écrit et mis en scène par Joël Pommerat, aux Ateliers Berthier.
Avec : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Yannick Choirat, Philippe Frécon, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, Anne Rotger, David Sighicelli, Maxime Tshibangu.
Crédits photographiques : ­Élisabeth Carecchio.

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