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L’Humanité tout ça tout ça de Mustapha Kharmoudi

Douce France

Jusqu’au 2 mars 2013, au Tarmac

En 2010, Nicolas Sarkozy prononce un discours sur les Roms et entame une campagne d’expulsions massives pour les ramener aux frontières. En 2013, l’auteur Mustapha Kharmoudi s’empare de la voix d’une fillette immigrée pour faire entendre sa colère – qu’il regrette de n’avoir pas su exprimer à l’époque. Texte à la simplicité percutante (cinq cent mots à peine de vocabulaire et puis s’en vont), L’Humanité tout ça tout ça puise toute son intensité dans le souffle de la comédienne Caroline Stella.

Les mots taisent son âge, son origine et son avenir. La petite fille raconte une histoire qui pourrait être celle d’autres. La scénographie tient en peu d’éléments et illustre un souci d’universalité. Des ballons de baudruche blancs accrochés à des chaussures suffisent à évoquer plutôt que caractériser le monde de la gamine. En s’appuyant presque essentiellement sur le texte de Mustapha Kharmoudi, la mise en scène de Véronique Vallard fait confiance à la puissance d’évocation des mots. La pseudo pauvreté du texte le rend pourtant particulièrement puissant à l’écoute, tant il se hache musicalement et s’ancre dans des humeurs physiques inavouables. De répétitions en erreurs de syntaxe, la fillette cherche la phrase exacte pour retranscrire au plus juste ses souvenirs – celui du pipi de la peur, de la France en rêve et de la mère mi-douce mi-raisin.

Évacuer le pathos revient ici à préférer une parole sèche (émouvante) à une parole humide (misérabiliste). La comédienne Caroline Stella prend en charge le rôle avec chair et âme. Sa diction particulière et le rythme soutenu de cette partition à une voix demandent une endurance en forme de souffle de vie – et de mort.

Le fil de l’attention se rompt parfois. La responsabilité n’en revient ni à l’interprétation ni à la sensible mise en espace. Peut-être ce cri d’enfant aurait-il mérité encore plus de radicalité ? Sans ballons, sans inflexions psychologiques (malgré une direction d’acteur sèche, le pathos, lui, n’est pas toujours gommé), sans poésie, la matière brutale de l’écriture aurait-elle créé encore plus de recul pour davantage d’humanité ? Qui sait…

L’Humanité tout ça tout ça de Mustapha Kharmoudi, mis en scène par Véronique Vellard, au théâtre Tarmac.
Avec : Caroline Stella.
Crédits photographiques : D.R.

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