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La Belle et la Bête de Michel Lemieux et Victor Pilon

Jadis

Jusqu’au 1er mars 2013, au théâtre national de Chaillot

Du conte de Mme Leprince-Beaumont, seule l’adaptation cinématographique de Jean Cocteau a réussi à traverser les âges. Cinéaste du rêve, il parvenait à se réapproprier l’œuvre pour la tirer vers un surréalisme édifiant. Le duo québécois Michel Lemieux et Victor Pilon parlent la langue onirique de Cocteau. Grâce à la 4D (une technique qui permet l’utilisation d’hologrammes et d’effets spéciaux à l’intérieur même du plateau), ils s’en donnent à cœur joie et créent des mirages. Si leurs inventions titillent notre curiosité, le projet, lui, n’est pas à la hauteur de toute cette technologie. Prendre du neuf pour donner du vieux, vraiment ?

Pour un peu, nous serions presque au cinéma. Le ticket de théâtre signifiant que le spectacle se jouera en 4D crée une certaine excitation. Va-t-on assister à une révolution du théâtre ? Bricoleurs malicieux, les metteurs en scène utilisent les images comme autant de trouvailles fantasmagoriques. Par les multiples possibilités qu’il offre, ce gage d’émerveillement permet des situations scéniques intéressantes : la Bête se battant avec son double fantomatique le Prince, la Belle faisant gicler des couches de peinture sur les murs par un seul geste du bras… Quand elle crée du symbole (et donc de la poésie), la mise en scène des compères québecois fonctionne plutôt et gage sur une approche psychanalytique du conte, faite de fantasmes et d’actes inavoués.

Seulement, ces quelques moments de complémentarité entre les comédiens et la 4D ne tiennent pas longtemps. Souvent employée pour décorer le plateau, la technologie n’a alors d’autre utilité que celle de remplacer des éléments matériels. Que peut nous apporter une fontaine holographique ? Scéniquement pas grand-chose et poétiquement rien du tout. Sous couvert d’une certaine modernité, l’apport des effets spéciaux suscite en fait tout l’inverse, à savoir une mise en scène poussiéreuse qui semble sortir d’un vieux grimoire. Assez conformiste, la direction d’acteurs et l’histoire qui va avec renforcent la sensation d’un théâtre du temps jadis qui se servirait de la 4D comme d’un artifice baroque redondant.

Que cherche à transmettre le texte ? Écrasés par la lourde machinerie du spectacle, les comédiens peinent à trouver un espace de liberté dans cet ensemble de contraintes. Leur jeu en pâtit et le manque régulier de cohésion entre les effets spéciaux et leur corps en atteste. Finalement convenue, la mise en scène du spectacle souffre de ce qu’elle ne crée aucun trouble. À force d’inventer sans dévier, La Belle et la Bête oublie sa part de rêve et s’avale sans se déguster. Que souhaiter pour le théâtre actuel ? Epure ou indigence ? À vos clans !

La Belle et la Bête, écrit et mis en scène par Michel Lemieux et Victor Pilon, au théâtre national de Chaillot.
Avec : Bénédicte Décary, Vincent Leclerc, Louise Laprade, Anne-Marie Cadieux et Peter James.
Crédits photographiques : Yves Renaud.

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