L-enfant-au-mouche1
Enfant mouche de Dominique Renard et Jean Lambert

Monstre quotidien

Jusqu’au 30 mars 2013, Tarmac

Les Ateliers de la colline font leur retour au Tarmac. Compagnie belge rodée à la création jeune public depuis 1975, elle ne cesse d’interroger la réalité sous le prisme de la fiction. Suite au splendide Tête à claques l’an passé, la troupe revient avec Enfant mouche, en réutilisant à bon escient des marionnettes de toutes tailles et une narration multivoix. À travers l’histoire de Léon Mouche, enfant malmené par un système scolaire qui le met hors-jeu, les metteurs en scène Dominique Renard et Jean Lambert proposent une pièce forte, cruelle et toujours poétique.

Avant même d’entrer dans la salle, les comédiens alpaguent le public tels des bonimenteurs de foire. Dans cette ambiance à la Elephant Man bonne enfant, Léon Mouche nous est présenté comme muet. Depuis un mystérieux incident, il n’a plus ouvert la bouche. Que s’est-il passé ? Grâce à un plateau tournant représentant un chapiteau, le drame sera raconté à la lumière du monde circassien, nez de clown collé au pif et bras dans des poupées géantes. En faisant de Léon Mouche un freaks, les Ateliers de la colline manœuvrent finement. Exposé tel une bête informe, le gamin représente symboliquement tous les enfants que l’école n’a pas réussi à accompagner. Par-delà la réalité sociale, la pièce réussit habilement à dire la maltraitance physique et morale sans jamais se départir ni de son humour ni de son ton ludique.

Comme dans Tête à claques, l’utilisation des marionnettes allégorise et transfigure la violence tout en l’éloignant. Marginalisation, différence, échec scolaire : autant de thèmes aux lourdes problématiques que Dominique Renard et Jean Lambert exposent par la fiction sans jamais asséner une quelconque morale. L’empathie ressentie à l’égard de Léon n’exclut pas la compréhension des adultes qui l’entourent. La troupe met en avant les vices d’une société qui ne prend pas soin de ceux qui ne lui ressemblent pas. Le cirque apparaît alors comme la seule porte de secours. Ici la différence est un spectacle et une fierté. Il représente l’unique possible émancipation de l’enfant – qui se révèle à lui-même et non pour les autres.

Le récit se perd parfois en longueurs. En oubliant d’aller à l’essentiel, certaines séquences sont redondantes. Mais ces quelques pertes de rythme n’empêchent nullement une pièce de qualité, engagée et drôle, poignante et libre. De celles qu’il est indispensable d’aller voir et nécessaire de montrer de 1 à 186 ans.

Enfant mouche, écrit et mis en scène par Dominique Renard et Jean Lambert, au Tarmac.
Avec : Laurent Caron, Paolo Corradini, Sylvain Daï et Séverine Porzio.
Crédits photographiques : Alain Janssens.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *