Frous-Frous1
Frous-Frous de Johanna Boyé

Filles de joie

Jusqu’au 22 mars 2013, à la Comédie Nation

Dès le premier coup d’oeil, l’affiche de Frous-Frous, cabaret de bonnes femmes fatales, laisse augurer un spectacle amusant, élégant et coquin. Pari tenu et réussi par l’équipe de la compagnie Rancho Allstars. Bien rôdée, la pièce tourne depuis sept ans mais a su préserver une certaine fraîcheur de ton. Et si les quatres pièces courtes jouées (Gros chagrins, Un mot pour un autre, Le Gora et Les Précieuses ridicules) ne brillent pas par leur originalité, le show, lui, parvient toujours à nous étonner et à nous faire réentendre des mélodies pourtant rabâchées.

Mêler des scènes comiques à des chansons réalistes françaises et mettre le tout dans un shaker pour recréer une ambiance cabaret en rouge et jarretelles : rien de bien neuf au pays de Bob Fosse et des bouis-bouis français d’après-guerre. La mise en scène de Johanna Boyé ne cherche pas à se détourner des conventions du genre. Le spectacle s’amuse des codes et les exploite avec une jolie finesse et un jeu burlesque assumé. Frous-Frous revendique une légèreté d’autant plus agréable qu’elle est travaillée avec une grande précision. Le genre cabaret n’accepte pas les approximations. Ici, tout se joue dans le détail. Les numéros s’enchaînent comme autant de petites vignettes charmantes et désinvoltes. Rien ne sera oublié du doublage carmin de la jupe à la moue Maurice Chevalier.

Frous-Frous se rit des femmes et des stéréotypes bourgeois et/ou gouailleurs de l’époque. Ces personnages de poulettes qui piaillent en tenue d’apparat sont défendus par une équipe de comédiens à leur meilleur niveau. La mise en espace, qui montre en même temps la scène et les coulisses, permet de mettre en exergue la dimension superficielle assumée de ces cocottes au grand cœur. Le corps ludique gagne alors en poésie ce qu’il perd en psychologie – et tant mieux.

Il manque peut-être à cet univers confortable une once de folie supplémentaire. Mais ne boudons pas notre plaisir ! La pièce s’apprécie pour ce qu’elle est : une délicieuse gourmandise du soir en robe d’impertinence. Le talent et la modestie avec, cela ne se refuse pas.

Frous-Frous, cabaret de bonnes femmes fatales, textes de Molière, Jean Tardieu et Georges Courteline, à la Comédie Nation.
Avec : Stéphanie Bassibey, Élodie Bernardeau-Ortega, Judith Margolin, Xavier Valoteau et Laurent Damon (piano).
Crédits photographiques : Elsa Delula.

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