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L’Assemblée des femmes d’après Aristophane

Poil au bras

Jusqu’au 21 avril 2013, théâtre de La Tempête

Si les comédies d’Aristophane sont parvenues jusqu’à nous, c’est parce qu’elles sont porteuses d’un universalisme qui dépasse les frontières et les époques. Une relecture de L’Assemblée des femmes à la lumière des références d’aujourd’hui est donc un choix pertinent. Citer Virginie Despentes, égérie féministe, dans le dossier de présentation de cette pièce racontant comment les Athéniennes se travestissent en hommes pour prendre le pouvoir politique à l’Assemblée promet une relecture stimulante. Malheureusement, cette adaptation se révèle trop confuse et approximative pour atteindre son objectif.

Une des grandes forces d’Aristophane est de manier l’humour et la dérision pour faire passer ses idées politiques. Le rire devient chez lui une arme démocratique car il se moque de toutes et tous : hommes, femmes, jeunes, vieux, etc. Cette libre adaptation de L’Assemblée des femmes passe à côté d’un élément essentiel en n’amusant pas. Bien peu dans le corps, la direction d’acteurs semble fuir la farce ou, quand elle s’autorise à en user, le fait avec maladresse. La scène de rivalité entre la jeune femme et la vieille femme en est un bon exemple : une personne âgée qui danse sur de la dance music et une jeune femme qui fait du rap – des ficelles bien usées.

Frilosité déplacée

La portée politique de la pièce n’est guère mieux traitée. Pour une approche qui se revendique féministe, certains choix laissent perplexe. Un des stratagèmes qu’emploient les Athéniennes pour se travestir en hommes est de ne plus s’épiler. Voilà donc nos fières comploteuses qui nous expliquent leur plan, lèvent les bras et révèlent des aisselles rasées de près. Pourquoi ne pas avoir assumé leur pilosité ? Plus tard, lorsque les femmes suggèrent d’aller montrer leurs seins sur la place publique en signe de protestation, les comédiennes se plantent au milieu du plateau et ne montrent… rien. Une frilosité de mise en scène bien déplacée à notre époque où des mouvements tels que les Femen viennent rappeler combien la réappropriation de son corps par la femme peut être un acte politique fort.

Malgré les bonnes intentions affichées, cette Assemblée des femmes n’apporte au final pas grand-chose au débat sur les relations femmes-hommes, pourtant toujours d’actualité. On en ressort avec l’impression d’un rendez-vous manqué.

L’Assemblée des femmes d’après Aristophane, mise en scène de Mylène Bonnet, théâtre La Tempête.
Avec : Louiza Bentoumi, Emmanuel Fumeron, Cécile Lehn, Patrick Paroux, Valérie Puech, Diana Sakalauskaïté, Chantal Trichet.
Crédits photographiques : Antonia Bozzi.

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