La-barbe-bleue1
La Barbe bleue de Jean-Michel Rabeux

Par le trou

Jusqu’au 26 mars 2013, MC93

Antérieur à Peau d’âne et repris à la MC93 ce mois-ci, La Barbe bleue a jeté les bases d’un travail passionnant de Jean-Michel Rabeux autour des contes. Sans édulcorer la noirceur de l’histoire bien connue de Charles Perrault, cette mise en scène expressionniste sait distiller de l’humour là où le sang gicle. Sombre et troublante, l’histoire excite autant qu’elle rebute – à l’image de la barbe de Barbe Bleue. À cheval entre optimisme noir et pessimisme béat, la conclusion peine cependant à poser un point final.

Jean-Michel Rabeux n’a pas peur de faire du théâtre. Il ne craint pas de créer des costumes de scène, de façonner des maquillages grandioses et de se servir du décor pour fabriquer une somme d’illusions. Tout dans La Barbe bleue respire la jubilation du jeu et du vrai/faux. La mascarade avouée de la pièce permet au metteur en scène une mise à distance nécessaire. Le jeu physique des comédiens engendre une stylisation qui balaye toute psychologie. En cela, Rabeux est proche de l’écriture des contes. Construits en phrases verbales d’action, le sentimentalisme ne s’y développe pas. Drôle d’histoires terrifiantes qui s’énoncent comme des faits divers. Ici, la mise en scène blague et nous rappelle régulièrement que nous sommes au théâtre.

Des contes de Perrault, La Barbe bleue est sans doute le plus glaçant. Entre sexe et meurtres, l’horreur court. Le texte de la pièce ne tait pas le déflorage de la plus jeune, son dégoût pour la barbe de l’homme, sa fascination pour le monstre. Psychanalyse, bonjour ! Le metteur en scène donne un coup de pied aux symboles pour les dire simplement : oui, après l’amour, on petit-déjeune et on est fatigué. Le sadisme de la mère maquerelle vaut à lui seul le détour. Ni gentille ni méchante, elle est surtout sans pouvoir et parfaitement loufoque. Ce contrepoint ironique au drame crée une respiration nécessaire. Elle est la bulle de décompression du spectacle.

Le choix d’une fin

L’antimanichéisme de Rabeux fait toute la subtilité de sa pièce.Pourtant, c’est peut-être cette subtilité qui rend la fin si incertaine. Qu’a voulu dire l’auteur ? Rêve ou réalité, mort ou vie, jugement ou pardon, la dernière image se cherche et l’on ne sait si le metteur en scène déplore la curiosité de la jeune fille ou s’il la loue, s’il fait du monstre un prince pervers ou un tortionnaire malheureux… Cet épilogue intrigue en ouvrant le champ des questions. Là où le reste de La Barbe bleue prend du recul sur la tragédie, la conclusion ne sait que choisir de la morale ou de la poésie.

La Barbe bleue d’après Charles Perrault, écrit et mis en scène par Jean-Michel Rabeux, à la MC93.
Avec : Corinne Cicolar, Kate France et Franco Senica.
Crédits photographiques : Ronan Thenadey.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *