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La Vie de Galilée de Bertolt Brecht

Les puissants ridicules

Jusqu’au 23 juin 2013, théâtre Le Lucernaire

Symbole de la lutte du savoir contre l’obscurantisme, l’histoire de Galilée est universelle et intemporelle. Pétri d’intelligence et d’humour, le texte de Bertolt Brecht met en lumière, les espoirs et les renoncements de celui qui pensait qu’un autre monde était possible. Très peu montée du fait de sa longueur et du nombre de personnages, La Vie de Galilée a été brillamment  adaptée dans une version raccourcie par la compagnie du Grand Soir. Du théâtre intelligent qui met en joie.

Mathématicien, physicien et astronome de la Renaissance, Galilée était aussi un grand rêveur. À une époque où l’Église était au centre de la Terre, il fallait une belle dose d’utopie pour imaginer lui faire reconnaître que la Terre n’était pas au centre de l’univers. Rien ne pouvait menacer davantage sa toute-puissance. Mais galvanisé par sa découverte et les preuves qu’il avait en main, ou plutôt au bout de sa lunette astronomique, le scientifique croyait dur comme fer qu’il serait entendu. Après des années de lutte vaine et menacé de torture par l’église, Galilée finira par renoncer à sa thèse. Ce scientifique visionnaire n’était pas pour autant un héros.

À travers cette fresque scientifico-historico-humaine, La Vie de Galilée, embarque le public à la rencontre d’une vingtaine de personnages truculents et hauts en couleur. Dans une veine qui fait penser à Molière, le texte de Brecht s’emploie à ridiculiser tous ces puissants campés sur leurs positions rétrogrades et leurs acquis. Des clowns pitoyables refusant de croire simplement leurs yeux et préférant se réfugier derrière des thèses obsolètes pour disqualifier les avancées scientifiques.

Judicieuse et inventive, la mise en scène de Christophe Luthringer tourne autour d’une grande malle noire d’où surgit tout un imaginaire foutraque et joyeux. Jouant avec elle, les quatre comédiens très à l’aise dans leurs nombreux rôles, jonglent d’un personnage à l’autre avec beaucoup de conviction. Et les idées fusent. Ainsi, l’apparition de la duchesse dans sa gondole vénitienne est un ravissement absolu. Ou encore, le duo aimanté du scientifique et du philosophe d’un effet comique redoutable. Quant au conteur musicien, il ne se contente pas de passer les plats, mais rythme avec brio les va-et-vient entre les temps anciens et notre époque, aussi à l’aise à la mandoline qu’à la guitare électrique.

Historique mais jamais datée, La Vie de Galilée nous rappelle surtout l’immuable propension de l’homme à vouloir faire tourner le monde autour de lui. Un rappel salutaire pour remettre, en chacun, les pendules à l’heure.

La Vie de Galilée, de Bertolt Brecht, mise en scène de Christophe Luthringer, théâtre Le Lucernaire.
Avec : Régis Vlachos, Charlotte Zotto, Aurélien Gouas, Philippe Risler et Jean-Christophe Cornier en alternance avec Gilles Vincent Kapps.
Crédits photographiques : Compagnie du Grand Soir.

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