odyssees_thumb
Odyssées de Gustave Akakpo

Ulysse clandestin

Jusqu’au 20 avril 2013, théâtre de l’Étoile du Nord

La nouvelle et ambitieuse création de l’auteur togolais Gustave Akakpo cherche à retranscrire la réalité humaine de l’immigration africaine vers l’Europe. Pour ce faire, il utilise dans Odyssées une langue qui puise autant dans la poésie, les mots de tous les jours que les références mythologiques. Si le texte emporte souvent, le spectacle, lui, n’échappe pas à des moments confus et caricaturaux.

La première partie d’Odyssées est constituée d’une suite de vignettes présentant près de quatre-vingts personnages différents, certains récurrents, d’autres non. À travers les bribes d’histoire de chacun se dessine le besoin de partir, souvent à regret, le cœur brisé, mais partir coûte que coûte, comme on s’offre une dernière chance. Rien n’est facile dans ce périple, que cela soit se séparer d’avec ceux qu’on aime, réunir les sommes exorbitantes demandées par les passeurs, prier pour que la barque dans laquelle on monte arrivera à bon port…

Cette partie d’Odyssées, foisonnante, oscillant entre émotions et humour, fonctionne bien. Tout concourt à nous emmener dans cette Afrique plurielle et paradoxale : le décor léger et modulable et les ambiances musicales concoctées par Max Vandervorst qu’il interprète en direct sur des instruments de bric et de broc – comme ces quelques cordes tendues sur un manche à balai avec un baril de lessive pour caisse de résonnance.

La deuxième partie du spectacle – ou devrait-on dire du voyage ? – ne tient malheureusement pas toutes ses promesses. Une fois en mer, nos protagonistes tombent entre les mains d’une équipe de télé-réalité, assoiffée de nouveaux concepts et d’émotions spectaculaires pour son nouveau show, Boat People. Dans la mise en scène, tout est fait pour déshumaniser ces êtres cathodiques ayant pour seul objectif les effets faciles. Un traitement plus subtil aurait donné un résultat bien plus poignant que ces caricatures – un méchant trop ridicule affadit ceux qu’il est censé mettre en valeur.

Malgré ces réserves, on ne peut rester indifférent au fait qu’Odyssées s’attaque à un sujet trop souvent réservé aux politiques. N’oubliez pas, nous souffle la pièce à l’oreille, que derrière les batailles de chiffres, il y a des hommes. Des individus ne souhaitant qu’une chose toute simple : s’en sortir.

Odyssées de Gustave Akakpo, mise en scène de Michel Burstin, théâtre de l’Étoile du Nord.
Avec : Michel Burstin, Ansou Diedhiou, Lazare Minoungou, Sabine Pakora, Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Max Vandervorst.
Crédits photographiques : Yves Kerstius.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *