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Tout va bien en Amérique de Benoît Delbecq et David Lescot

Trip musical

Jusqu’au 6 avril 2013, théâtre des Bouffes du Nord

Avec une envie évidente d’en découdre avec le rêve américain, Benoît Delbecq et David Lescot ont pioché dans son histoire pour torpiller le mythe. Récits et musiques à l’appui, ils ont composé une fresque ambitieuse à défaut d’être toujours captivante. Trop didactique, le texte français manque d’un souffle épique qui prendrait l’esprit aux tripes alors que la musique, les chants, les images vibrent d’une énergie capable de transporter bien plus loin. Too bad !

L’arrivée des conquistadors, la vie des indiens, l’organisation de l’esclavage, les Siciliens à New York… Tout va bien en Amérique procède par tableaux chronologiques pour nous raconter l’Amérique et ses fondements. Une Amérique impitoyable et violente où la musique coule dans les veines du pays, donnant une voix à ceux qui souffrent ou s’insurgent.

Des gospels des champs de coton au rap et au slam d’aujourd’hui en passant par le jazz, le champ musical est vaste et riche et la partition du spectacle s’en fait l’écho avec ampleur et force. Mieux qu’un support au récit, elle le rend vivant et vibrant, elle lui donne du corps et de la chair. Rien de plus électrisant que la présence d’Ursuline Kairson qui vit et chante le gospel comme elle respire.  Et quelle force se dégage des slams graves de Mike Ladd dénonçant la violence et la peur ! L’œil aussi est à la fête. La mise en espace est brillante dans tous les sens du terme et les projections d’Eric Vernhes habitent littéralement le plateau. Très inspirées, ses images palpitent, crépitent et irradient la scène.

Trop plein de mots

Le texte, à côté, fait pâle figure. Basé, le plus souvent, sur des témoignages, il prend en effet à témoin mais n’est pas habité. À force de vouloir enfoncer le clou, il se perd dans des méandres narratifs dont on peine à suivre le fil. Le fond est didactique, le ton haché se veut sans doute militant, mais les mots scandés s’emballent et sonnent comme une interminable litanie. L’engagement de Katherine Weldon auprès des Indiens, la vie et la mort de Sitting Bull, la réussite des émigrés italiens, rois des ordures, dans le New York de la prohibition défilent sans captiver. Seule la diatribe de D’ de Kabal contre le Klu Klux Klan sonne comme un réjouissant règlement de comptes où perce habilement l’absurdité du discours raciste. Quand le fond et la forme s’épousent si bien, l’émotion passe.

Il reste de cette fresque hybride un plaisir en demi-teinte entre sommets d’émotions et vastes plaines d’ennui. Un trip chaotique.

Tout va bien en Amérique écrit, composé et mis en scène par Benoît Delbecq et David Lescot au théâtre des Bouffes du Nord.
Avec : Steve Argüelles, D’ de Kabal, Benoît Delbecq, Irène Jacob, Ursuline Kairson, Mike Ladd, Franco Mannara et Eric Vernhes.
Crédit photographique : Christophe Raynaud de Lage.

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