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La fin du monde est pour dimanche de François Morel

Magma diffus

Jusqu’au 22 juin 2013, La Pépinière théâtre

Cinquième des six spectacles programmées par le théâtre La Pépinière dans le cadre de la carte blanche à François Morel, La fin du monde est pour dimanche est écrit et joué en solo par le comédien. On y croise des humains qui cherchent le bonheur, s’accrochent à leurs illusions pour ne pas tomber ou dressent de terribles bilans du chemin parcouru. Mais, au final, difficile d’identifier un lien entre ces scènes si ce n’est qu’elles se focalisent sur un moment de vie et sont toutes inspirées de textes écrits originellement pour la radio. Un recyclage un peu fourre-tout.

À Anna Karina qui traîne son ennui ponctué d’un « Je sais pas quoi faire. Qu’est-ce que je peux faire ? », François Morel fait quantité de suggestions d’un ton goguenard. S’ensuit un dialogue entre un grand-père et son petit-fils où le patriarche ramène la vie à l’échelle d’une semaine. Le gamin en est au lundi tandis que lui flirterait plutôt avec le samedi. La fin du monde est pour dimanche semble alors amorcer une réflexion philosophico-poétique sur le temps qui passe et sur ce que chacun fait de sa vie ou pas.

Chaotique

De la poésie il y en a bien sûr, de la philosophie aussi et le texte est souvent savoureux, mais le fil entre toutes les scènes peine à se dessiner. Les situations et les personnages sont si étrangers les uns aux autres, les angles d’approche si éclatés que ce monde dont le spectacle évoque la fin ne prend jamais vraiment forme. L’ensemble souffre d’un manque de centre de gravité. Par instants, le texte colle à la réalité du quotidien comme dans cette scène où une fan de Sheila remercie la star de l’avoir accompagnée en musique depuis toujours. Ici, un petit air de déjà-vu même si le comédien sait saisir et camper comme personne ces petites gens avec qui la vie n’a pas été d’une générosité folle. Ailleurs, il s’envole vers des sphères totalement surréalistes en campant cet homme amoureux d’une huître, une fine de claire n°3. Bien que son regard soit toujours pertinent et touchant, le manque de fil conducteur brouille les ondes. Le ton, lui, varie entre deux pôles. Certaines scènes sont brillamment écrites comme cette confession, en alexandrins, d’un comédien passé à côté de sa vie. D’autres séquences sont, à dessein, nettement plus triviales or la juxtaposition des deux styles ajoute au déséquilibre ressenti. Comme si lundi était boutonné avec mardi.

Visuellement, le travail de Thierry Vareille offre un bel habillage à La fin du monde est pour dimanche. Ses projections tantôt réalistes tantôt oniriques soulignent impeccablement l’ambiance de chaque scène. Un travail léché qui ne fait, hélas, qu’appuyer là où ça fait mal.

Difficile de s’empêcher de penser qu’avec le talent qu’on lui connaît François Morel n’a pas versé, ici, dans la facilité.  Un vrai regret même si ce n’est pas la fin du monde.

La fin du monde est pour dimanche de François Morel, mis en scène par Benjamin Guillard, La Pépinière théâtre.
Avec : François Morel.
Crédits photographiques : Manuelle Toussaint.

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