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Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat

Fin de loup

Jusqu’au 5 mai 2013, à la maison des métallos

Créée en 2004, Le Petit Chaperon rouge est la première pièce d’une série que le metteur en scène Joël Pommerat a consacrée au théâtre jeune/tout public. Bien avant le cruel et drôle Pinocchio en 2008 et encore plus loin de l’émouvant et révolté Cendrillon en 2011, la compagnie Louis Brouillard y cherchait déjà l’essence des contes, entre réalité et rêve. Sur un plateau nu que seules découpent les lumières d’Éric Soyer, cette version de l’histoire du chaperon mise sur son minimalisme pour stimuler l’imaginaire. Si le pari esthétique est réussi, l’écriture de ce premier spectacle à destination des plus jeunes semble ne pas trop savoir où elle veut en venir, nous laissant un peu sur notre fin de loup.

Des trois créations jeune/tout public de Joël Pommerat, Le Petit Chaperon rouge est celle qui se rapproche le plus de la forme orale du conte. Ici, un narrateur quasi omniprésent donne à entendre l’histoire, les parties dialoguées apparaissant davantage comme des parenthèses au récit. D’une certaine façon, la pièce prend des airs de poème inquiétant. Les images comptent davantage que les mots et les ombres l’emportent sur la densité psychologique des personnages. En cela, cette adaptation diffère énormément de Pinocchio et Cendrillon où les héros prenaient (enfin) une ampleur humaine très à distance de l’épure des contes. Pommerat ramène les personnages du Petit chaperon rouge à leurs essentiels : une mère débordée, une enfant délaissée, un loup affamé et une vieille femme isolée.

Ce parti pris intrigue. Il permet d’aller chercher l’allégorie dans des détails précis. Le comble étant que ces détails demeurent invisibles : le claquement des talons inexistants, l’ombre perdue, le gâteau fabriqué par une chorégraphie mimée. Le plateau nu apparaît comme habillé par un univers sonore et gestuel si précis qu’il devient un ballet théâtral où chaque action devient réfléchie, posée et nécessaire.

Malgré la qualité formelle de la pièce, une question demeure pourtant : qu’a voulu raconter Joël Pommerat avec cette adaptation du conte de Perrault ? En mettant l’accent sur la relation entre la mère et sa fille, le metteur en scène tenait une piste passionnante – mais qu’il ne développe qu’à moitié. L’intervention du loup reste pour le moins mystérieuse. Que diable allait-il faire dans cette galère ? Bien que son interaction avec la fillette soit amusante, leur lien reste par trop anecdotique – voire carrément farfelue : en faire le double bestial maternel laisse songeur. La fin de l’histoire est d’ailleurs bien vite expédiée au profit d’un retour à cette  relation (ou manque de relation) unissant la mère à sa fille à travers une conclusion émouvante sur la filiation et la vieillesse. Comme si Pommerat n’avait pas trouvé dans ce conte le nœud et le cœur qui, quatre ans plus tard avec Pinocchio, confirmeraient son inégalable talent de passeur d’histoire et d’émotion.

Le Petit Chaperon rouge, écrit et mis en scène par Joël Pommerat, à la maison des métallos.
Avec : Rodolphe Martin, Murielle Martinelli et Isabelle Rivoal.
Crédits photographiques : Elisabeth Careccio.

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