Jusqu’au 27 avril 2013, théâtre Silvia Montfort

Inspiré d’une pièce d’Alfred Jarry contant la légende d’Hassan Sabbah, Le Vieux de la montagne se réapproprie le mythe et le mélange à d’autres références, créant un spectacle unique dans un univers sombre et baroque. Patrick Sims et la compagnie Les Antliaclastes, marionnettistes doués et inspirés, montrent s’il en était encore besoin que leur art a depuis bien longtemps passé le cap des guignolades gentillettes. Élaborée, complexe et bel et bien pour adultes, leur création explore un pays des merveilles aux teintes de cauchemar.

Sur un plan visuel et technique, Le Vieux de la montagne est époustouflant. Le décor, entre fête foraine désaffectée et apocalypse, semble avoir mille surprises à révéler. Chaque recoin recèle un coup de théâtre à venir, si ce n’est plusieurs. Ici, tout n’est que trompe-l’œil et l’on n’est jamais bien sûr d’avoir tout compris. Il en est de même des créatures qui peuplent ce monde : multiples, parfois écartées à peine apparues, elles recèlent un art de l’invention et du jeu fascinant. Certaines sont presque humaines, d’autres animales, mécaniques ou végétales… Superbement réalisée, chaque marionnette semble plus incroyable que la précédente, d’une esthétique recherchée que ne renierait pas un David Lynch ou un David Cronenberg. Cette créativité extravagante, abondante, forme le socle puissant du spectacle.

Le chameau qui passait par le chas d’une aiguille

Si Patrick Sims revendique l’association d’idées et les logiques oniriques dans son travail, le manque de lien narratif gêne parfois. Sans tomber dans un récit classique, Le Vieux de la montagne gagnerait à donner quelques clés de lecture supplémentaires aux spectateurs. Beaucoup d’angles sont abordés : l’illustration d’expressions usuelles (le génial passage d’un chameau par le chas d’une aiguille, les larmes de crocodile, etc.), les références multiples à la culture américaine (le dindon-indien de Thanksgiving, le Magicien d’Oz), la présence obsessionnelle de flippers, la sexualité faussement enfantine de l’histoire des fleurs et des abeilles… Et bien plus encore. Si ce foisonnement hypnotise à certains moments, il égare à d’autres à force de désorienter systématiquement le spectateur.

La prouesse technique épate – il est d’ailleurs surprenant de ne découvrir  « que » quatre manipulateurs et un régisseur plateau à la fin du spectacle. Le talent et l’inventivité de cette belle équipe sont indéniables et de nombreuses scènes font mouche. Un peu plus de clarté pour préciser la vision d’ensemble rendrait magistral ce spectacle étonnant.

Le Vieux de la montagne écrit et mis en scène par Patrick Sims, compagnie Les Antliaclastes, théâtre Silvia Montfort.
Avec : Patrick Sims, Josephine Biereye, Zana Goodall, Richard Penny.
Crédits photographiques : Mario Del Curto.

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