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Les Revenants de Henrik Ibsen

Déjà-vu

Jusqu’au 27 avril 2013, au théâtre Nanterre-Amandiers

Les pièces de Henrik Ibsen convoquent un autre temps. Tout dans ses salons mondains et ses épouses fidèles respire un peu de la société bourgeoise suédoise de la fin du XIXe siècle. Comment rendre alors à Ibsen la modernité de ses convictions passées et les interroger sous le prisme de notre époque ? Dans Les Revenants, la veuve Alving ne parvient pas à dire à son fils Oswald que la bonne qu’il aime, Régine, n’est autre que sa demi-sœur. Derrière la morale, la maladie et la religion, les faux-semblants craquent pour aboutir à une tragédie. Bien que précise et subtile, la mise en scène de Thomas Ostermeier possède comme un air de déjà-vu. Les codes du théâtre contemporain s’y retrouvent : utilisation de la vidéo, scénographie austère et désordre final… Pour le reste (la vie, etc.), Valérie Dréville est là pour régaler.

Drôle de drame chez les Alving ! La psychanalyse en bandoulière, la mise en scène de Thomas Ostermeier choisit de s’attarder plus spécifiquement sur l’étrange relation unissant la mère Alving à son fils. À la limite de l’inceste, leur rapport œdipien recèle les qualités et les défauts de la pièce. Malgré une belle tension, la mise en scène insiste parfois inutilement sur un sous-texte qui ne nécessite pas d’illustration. Ainsi en « photographiant » poétiquement ses comédiens ou son plateau dans une sorte d’éternité étrange, la dynamique du spectacle vire parfois à la psychologie longuette. Et si l’oreille se tend, l’attention, elle, fluctue.

Bien qu’élégante, l’utilisation de la vidéo laisse coi. La scène d’ouverture, filmée en temps réel, est-elle suffisamment lisible ? Pourquoi appuyer le malaise ambiant en créant un paysage filmé marécageux à la fin de chaque acte ? Le mélange entre le grand réalisme du décor et du jeu et cette poésie formelle ponctuelle plaît autant qu’elle agace – à l’image du plateau tournant, beau mais peu nécessaire. Peut-être manque-t-il une once de pure folie dans cette mise en scène rigoureuse qui semble vouloir rappeler à tout moment son intelligence et sa beauté ? Il ne s’agirait pas tant alors d’un manque d’humilité que d’une froideur esthétique et psychologique qui met à distance plus qu’elle ne suscite une émotion frémissante.

Dans cette cérébralité ambiante, Valérie Dréville bouleverse tout. Son corps et sa voix ne taisent rien des chocs intérieurs de son personnage tout en contradictions. Elle ne lâche rien et crée le rythme de l’histoire. Dans cet univers macabre, la voilà seule (sur)vivante parmi les autres comédiens, égarés. Sa vitalité repêche Les Revenants d’un marasme sans retour.

Les Revenants de Henrik Ibsen, mis en scène par Thomas Ostermeier, au théâtre Nanterre-Amandiers.
Avec : Éric Caravaca, Valérie Dréville, Mélodie Richard, Jean-Pierre Gos et François Loriquet.
Crédits photographiques : Mario Del Curto.


Une réflexion sur “Les Revenants de Henrik Ibsen

Déjà-vu

  1. On a du mal à croire que c’est le même Ostermeier qui avait dynamité, avec génie parfois, Ibsen et surtout Shakespeare dans ses spectacles précédents. J’ai peur que nos cabots français, la Dréville en tête, ne lui aient refourgué leur chiqué habituel, d’autant plus facilement qu’il parle mal notre langue. La même chose s’est passé cet automne à l’Odéon avec un Bruno Ganz jouant faux, dans un Pinter tout aussi vieillot que cet Ibsen laborieux. Ces « Revenants » m’ont fait penser à la rengaine calypso : « Ta soeur n’est pas ta soeur, et ton père ne le sait pas ! Oh, la la ! Quel malheur, si maman savait ça !…etc. » Un tissu de clichés mélos, tous plus énormes les uns que les autres, que le public recueilli de nos adorateurs du Roi Nu gobent avec componction. Deux plombes d’ennui mortel, sauvées in extrémis par la scène finale de la petite bonne (Régine), que Mélodie Richard réussit toute seule comme une grande, qu’elle est. Le reste est inaudible. Et souvent au sens propre car, les cintres étant une fois de plus mis à nu, toutes les voix y montent, perdues pour la salle. En dehors de Mélodie Richard (il y tient !) et du pasteur, qui articulent, tous les autres bredouillent cette « adaptation ». Pour snobs, exclusivement.

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